Aucun progrès sur le GNL canadien : Berlin garde la porte ouverte, mais Ottawa tarde à agir

Plus de deux ans après que l’Allemagne a lancé un appel pressant au Canada pour remplacer le gaz russe par du gaz naturel liquéfié (GNL), le gouvernement de Berlin admet qu’aucun progrès concret n’a été réalisé. Le chancelier Friedrich Merz a déclaré, dans une entrevue accordée à Walid Tamtam pour True North lors de la conférence COP30 à Belém (Brésil), que son pays demeure « ouvert » à l’achat de GNL canadien, mais que la coopération énergétique avec Ottawa reste « non définie ».

« C’est hautement souhaitable », a affirmé Merz, en évoquant la possibilité de partenariats énergétiques avec le Canada. Toutefois, il a reconnu que rien n’était encore arrêté : « Ce n’est pas encore décidé. L’énergie est un enjeu en soi, mais jusqu’où nous pouvons aller en matière de GNL n’est pas encore clair, bien que nous y soyons ouverts. »

Cette déclaration prudente illustre la stagnation d’un dossier pourtant jugé stratégique à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, qui avait forcé l’Allemagne à réorienter son approvisionnement énergétique.

Des discussions « en cours mais non abouties » avec Ottawa

Toujours selon le reportage de Walid Tamtam (True North, repris par Juno News), Merz a confirmé que les discussions avec le gouvernement de Mark Carney sont « en cours », mais « non accomplies ». Interrogé sur l’avancement du dossier depuis l’arrivée au pouvoir de Carney, le chancelier a laissé entendre qu’Ottawa n’avait encore pris aucune initiative concrète.

Pendant ce temps, Berlin poursuit l’expansion de ses infrastructures gazières sur la côte nord, déjà prêtes à recevoir du GNL importé. « Vous savez que nous construisons l’infrastructure pour cela. Si nous pouvons trouver de nouveaux partenaires, nous le ferons », a insisté Merz, laissant entendre que le Canada pourrait encore se positionner — à condition d’agir rapidement.

Une relation politique et stratégique « très étroite »

Au-delà de l’énergie, Friedrich Merz a souligné l’étroitesse croissante des liens entre Ottawa et Berlin, affirmant qu’il entretient une relation « très proche » avec Mark Carney. Les deux dirigeants se sont rencontrés pour la première fois lors du G7 de Kananaskis, en Alberta, puis à plusieurs reprises depuis, notamment lors de la visite officielle de Carney à Berlin.

Ils doivent se revoir prochainement au G20 en Afrique du Sud, dans la continuité d’un dialogue que Merz décrit comme « intense ». Il affirme que les deux pays travaillent selon un « calendrier très rapproché » pour approfondir leur coopération économique, de défense et climatique.

« Nous voyons un potentiel énorme pour une coopération plus étroite, et le Canada est plus intéressé que jamais à aller dans cette direction », a déclaré Merz.

Le GNL, maillon manquant d’une alliance stratégique

Malgré cette convergence apparente, l’absence de résultats sur le plan énergétique contraste avec les ambitions affichées. En août 2022, Berlin avait publiquement exhorté le Canada à faciliter l’exportation de GNL vers l’Europe, alors que la fermeture des gazoducs russes menaçait la sécurité énergétique allemande. Or, aucun terminal d’exportation n’a été construit sur la côte atlantique canadienne, notamment à cause des contraintes réglementaires et environnementales.

Les propos du chancelier Merz, rapportés par True North et Juno News, traduisent un certain désenchantement : Berlin attend toujours des signaux clairs d’Ottawa, tandis que d’autres fournisseurs — notamment les États-Unis et le Qatar — comblent le vide laissé par le Canada.

Une occasion stratégique manquée pour le Canada ?

Pour le gouvernement Carney, cette inertie pose un dilemme. Ottawa affirme vouloir renforcer ses liens avec l’Europe dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes avec Washington, mais continue de freiner le développement de projets gaziers majeurs sur son propre territoire.

Alors que l’Allemagne déploie des terminaux flottants pour diversifier ses sources, le Canada demeure absent du marché mondial du GNL. Cette contradiction entre ambitions diplomatiques et blocages énergétiques pourrait miner la crédibilité d’Ottawa auprès de ses alliés.

En définitive, l’ouverture déclarée de l’Allemagne demeure une invitation en suspens : sans volonté politique canadienne, elle risque de s’évanouir. Comme le résume implicitement Friedrich Merz, « nous construisons l’infrastructure ; il ne manque plus que les partenaires ».

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