De plus en plus de Canadiens mangeraient de la viande halal sans le savoir, prévient Sylvain Charlebois

Le marché canadien de la viande halal connaît une croissance rapide, mais cette évolution soulève un problème de transparence dont peu de consommateurs sont conscients, estime Sylvain Charlebois, directeur de l’Agri-Food Analytics Lab de l’Université Dalhousie, dans une chronique publiée au Toronto Sun.

Selon lui, la question n’est pas de savoir si la viande halal devrait être disponible au Canada, mais plutôt si les consommateurs sont suffisamment informés lorsqu’ils en achètent ou en consomment.

Le marché canadien de la viande halal représenterait aujourd’hui environ 2 milliards de dollars par année, porté par une population musulmane qui comptait près de 1,8 million de personnes lors du recensement de 2021 et qui continue de croître.

Une logique économique

Charlebois explique que plusieurs grands transformateurs de volaille choisissent désormais de certifier toute leur production selon les normes halal pour une raison essentiellement économique.

Maintenir deux chaînes de production distinctes — une halal et une conventionnelle — entraîne des coûts supplémentaires liés aux horaires, au nettoyage, à l’entreposage et à la traçabilité.

À l’inverse, une seule chaîne certifiée halal permet de vendre les mêmes produits tant aux consommateurs musulmans qu’à la majorité des autres clients. Une production conventionnelle, en revanche, ne peut répondre aux exigences des consommateurs qui recherchent spécifiquement des produits halal.

Selon l’expert, cette décision est parfaitement rationnelle d’un point de vue commercial.

Une transparence jugée insuffisante

Là où le problème commence, affirme-t-il, c’est que des produits provenant d’une chaîne de production halal peuvent ensuite être vendus sans être présentés comme tels.

La réglementation fédérale exige qu’un produit annoncé comme halal identifie clairement l’organisme certificateur. En revanche, aucune obligation générale n’impose aux entreprises d’indiquer qu’un aliment provient d’une chaîne de production certifiée halal lorsqu’aucune allégation halal n’apparaît sur l’emballage.

Autrement dit, explique Charlebois, les règles encadrent ce que les entreprises déclarent, mais beaucoup moins ce qu’elles choisissent de ne pas divulguer.

Il précise toutefois que cela ne signifie pas que toute la viande vendue au Canada est halal, ni que cette certification modifie les normes canadiennes de salubrité alimentaire ou de bien-être animal.

Une question de choix du consommateur

Pour Charlebois, les consommateurs peuvent avoir des considérations très diverses concernant les méthodes d’abattage ou de transformation.

Certaines familles musulmanes souhaitent notamment s’assurer que les produits répondent aux critères d’un organisme certificateur qu’elles reconnaissent, tandis que d’autres consommateurs peuvent vouloir connaître les pratiques d’étourdissement ou simplement être informés des procédés utilisés pour produire leur nourriture.

Selon lui, cette information devrait être facilement accessible afin que chacun puisse faire un choix éclairé.

Les institutions publiques également concernées

L’auteur estime que la question devient particulièrement délicate dans les écoles, les garderies et les autres institutions publiques.

Il reconnaît qu’utiliser un seul type de viande peut simplifier les achats, réduire les coûts et limiter le gaspillage alimentaire. Toutefois, il juge que ces considérations ne devraient pas remplacer une politique de transparence.

Il rappelle d’ailleurs que le Québec exige désormais des établissements publics visés qui offrent une alimentation fondée sur un précepte religieux qu’ils proposent également une option équivalente qui n’est pas fondée sur un tel précepte.

Or, souligne-t-il, une institution pourrait tout de même s’approvisionner auprès d’un fournisseur certifié halal sans nécessairement présenter ses menus comme tels, voire sans connaître elle-même les modalités précises de transformation de la viande reçue.

Plus de divulgation et de meilleures données

Plutôt que d’alimenter une guerre culturelle, Charlebois plaide pour une approche axée sur l’information des consommateurs.

Il recommande que les transformateurs divulguent systématiquement le statut de certification halal à leurs acheteurs commerciaux et institutionnels, même lorsque les produits ne sont pas commercialisés comme halal.

Il estime également que les chaînes d’alimentation et les restaurants qui ne vendent qu’une catégorie de viande certifiée halal devraient l’indiquer clairement à leur clientèle.

Enfin, il appelle Ottawa à améliorer la collecte de données sur le secteur. Selon lui, le Canada ne dispose toujours pas de statistiques nationales permettant de savoir quelle proportion de la viande est produite dans des installations certifiées halal, quelle quantité est vendue sous une étiquette halal et quelle part se retrouve sur les tablettes sans mention particulière.

Pour Sylvain Charlebois, le véritable enjeu n’est donc pas la viande halal elle-même, mais le manque de transparence qui empêche les consommateurs de faire un choix pleinement éclairé.

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