Espionnage à l’OTAN : une Canadienne d’origine chinoise identifiée, Ottawa sous pression

L’affaire d’espionnage qui secoue actuellement l’OTAN prend une tournure encore plus embarrassante pour le Canada. Selon une enquête de CBC News rapportée par Radio-Canada, la ressortissante canadienne arrêtée la semaine dernière en Belgique est Biwei Zhang, une ingénieure système canadienne d’origine chinoise ayant travaillé pour plusieurs organismes fédéraux avant d’obtenir un stage au quartier général militaire de l’Alliance atlantique.

Cette révélation survient alors que les alliés occidentaux, particulièrement les États-Unis, multiplient depuis plusieurs années les mises en garde contre les activités d’espionnage et d’ingérence attribuées à la Chine. Le fait qu’une Canadienne ayant franchi les processus de sécurité d’Ottawa soit aujourd’hui soupçonnée d’avoir espionné au cœur même de l’OTAN risque d’alimenter les doutes sur la rigueur des mécanismes de vérification canadiens.

Une stagiaire au cœur du quartier général militaire de l’OTAN

Les autorités belges accusent la suspecte d’espionnage et de participation à une organisation criminelle. Selon le parquet fédéral, il s’agit d’une « ressortissante canadienne d’origine chinoise » qui effectuait un stage au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE), à Mons, en Belgique.

D’après l’enquête de CBC News, cette femme est Biwei Zhang, qui utilise également les prénoms Claire et Catina dans certains contextes. Les autorités belges n’ont toutefois pas confirmé officiellement son identité, invoquant le respect de la présomption d’innocence.

Son domicile ainsi que son lieu de travail ont été perquisitionnés avant son arrestation. À l’issue d’une audience à huis clos, un tribunal belge a ordonné son maintien en détention préventive pour au moins un mois supplémentaire, pendant que l’enquête se poursuit.

Un parcours dans plusieurs institutions canadiennes

Le parcours professionnel de Mme Zhang soulève lui aussi de nombreuses questions.

Selon son profil professionnel, elle a travaillé comme scientifique des données au Conseil national de recherches du Canada, économiste à Statistique Canada, puis ingénieure système à l’Agence spatiale canadienne. Elle mentionne également des expériences à l’Agence spatiale européenne ainsi qu’à l’Organisation mondiale du commerce.

Cette succession de postes explique pourquoi le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, affirme vouloir faire toute la lumière sur cette affaire. Il souhaite notamment déterminer quelles fonctions la suspecte a occupées au Canada et si des failles ont pu survenir dans les processus de vérification de sécurité.

Les habilitations canadiennes sur la sellette

L’affaire place directement Ottawa sous pression.

Affaires mondiales Canada a rappelé que ce sont les autorités canadiennes qui prennent la décision finale d’accorder les habilitations de sécurité permettant à des Canadiens d’occuper des postes auprès d’organisations internationales comme l’OTAN, après les évaluations réalisées notamment par le SCRS.

Autrement dit, même si l’enquête se déroule en Belgique, les mécanismes de contrôle canadiens font désormais l’objet d’un examen attentif.

Cette situation est d’autant plus délicate que Mme Zhang avait déjà contesté devant la Cour fédérale une décision de la Commission de la fonction publique, qui avait conclu en 2024 qu’elle avait commis une fraude en présentant deux candidatures distinctes sous des noms et des adresses électroniques différents pour un poste à l’Agence des services frontaliers du Canada. Sa contestation avait été rejetée.

Une « cascade de problèmes » pour le Canada

Selon Roger Hilton, analyste en sécurité cité par CTV News et rapporté par Nouvo Info, cette affaire pourrait provoquer une véritable « cascade de problèmes » pour le Canada.

Les alliés pourraient désormais se demander si les vérifications effectuées par le SCRS et la GRC sont suffisantes ou si l’OTAN devra, à l’avenir, effectuer ses propres contrôles additionnels pour les candidats déjà approuvés par Ottawa.

L’ancien agent du SCRS Dan Stanton souligne également que les stages représentent une vulnérabilité importante pour les organisations de sécurité. Selon lui, les renseignements les plus précieux ne proviennent pas toujours de documents classifiés, mais aussi de conversations, d’informations entendues et d’observations faites au quotidien.

Un dossier sensible dans les relations avec les alliés

Au-delà du cas personnel de la suspecte, cette affaire risque d’avoir des répercussions diplomatiques.

Depuis plusieurs années, les États-Unis insistent sur la nécessité pour leurs alliés de prendre plus au sérieux les risques liés aux activités d’espionnage attribuées à la Chine. Dans ce contexte, l’arrestation d’une Canadienne d’origine chinoise ayant obtenu une habilitation canadienne avant d’intégrer le quartier général militaire de l’OTAN risque d’alimenter les inquiétudes de plusieurs partenaires du Canada.

L’enquête devra maintenant déterminer si les accusations sont fondées et, le cas échéant, quelles informations auraient pu être obtenues. D’ici là, une chose apparaît déjà certaine : cette affaire met Ottawa dans une position particulièrement inconfortable au moment où le gouvernement cherche justement à convaincre ses alliés qu’il prend désormais les enjeux de sécurité nationale et d’ingérence étrangère beaucoup plus au sérieux.

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