Le Canada au cœur du trafic mondial de fentanyl : ce que révèle un mandat d’arrêt américain

D’après un article de Brian Lilley publié dans le Toronto Sun le 16 juillet 2025

Un récent mandat d’arrêt déposé en Californie met en lumière une réalité troublante : le Canada, longtemps considéré comme une simple voie de passage, serait en fait un acteur central du trafic international de fentanyl et de méthamphétamine. L’article de Brian Lilley, journaliste au Toronto Sun, révèle l’ampleur des liens présumés entre des réseaux criminels canadiens et des organisations mafieuses internationales, grâce à un document judiciaire explosif récemment déclassifié.

Au cœur de cette affaire se trouve Opinder Singh Sian, un résident de Surrey, en Colombie-Britannique, âgé de 37 ans, présenté par la Drug Enforcement Administration (DEA) comme le chef nord-américain d’un réseau de trafic de drogues transnational. Selon l’affidavit signé par l’agent Albert Polito, Sian a été arrêté en juin au Nevada alors qu’il aurait tenté d’expédier de la méthamphétamine en Australie via le port de Long Beach, en Californie.

Brian Lilley explique que ce mandat d’arrêt lève le voile sur des liens présumés avec plusieurs groupes criminels : chinois, turcs, mexicains, irlandais – incluant le tristement célèbre cartel Kinahan, déjà soupçonné de collusion avec le Hezbollah. Ce qui semblait autrefois relever du fantasme hollywoodien se dessine désormais comme une réalité alarmante.

Parmi les éléments rapportés dans l’affidavit, on retrouve des opérations dignes d’un film d’espionnage : méthamphétamine provenant de contacts montréalais échangée à Los Angeles pour un envoi vers l’Australie, achat massif de cocaïne aux États-Unis destiné au marché de Vancouver, promesses de livraisons mensuelles de 100 kg de précurseurs chimiques pour fentanyl depuis la Chine, acheminés via le port de Vancouver à l’aide d’une compagnie canadienne de camionnage.

Un certain Peter Peng Zhou aurait même proposé ces substances en toute décontraction lors d’un rendez-vous dans un café de Vancouver, après un repas de famille avec l’agent infiltré surnommé « Queen ». Zhou aurait garanti une chaîne d’approvisionnement constante, en toute impunité apparente.

Lilley souligne que le réseau aurait aussi des ramifications à Toronto. L’un des hommes cités dans l’affaire aurait orchestré des envois massifs de méthamphétamine dans le monde entier tout en relevant de donneurs d’ordres basés à Hong Kong et en collaborant avec le cartel mexicain de Sinaloa.

L’enquête aurait débuté grâce à un tuyau reçu par le bureau de la DEA à Ankara, en Turquie – une ironie amère pour un réseau qui implique des Canadiens, mais qui a été percé à jour à l’étranger. Ce renseignement aurait permis d’infiltrer la cellule et d’entrer en contact avec Sian.

L’auteur rappelle que même si ces accusations doivent encore être prouvées en cour, elles viennent contredire une certaine naïveté tenace au Canada : celle selon laquelle notre pays serait à l’abri ou étranger à la crise du fentanyl. Brian Lilley n’hésite pas à dénoncer le déni canadien, en comparant cette attitude à celle d’« enfants immatures souffrant de troubles du comportement », préférant ignorer les faits parce que le sujet a été soulevé par Donald Trump.

Pourtant, comme il le rappelle, ce sont sous les gouvernements Obama et Biden que les premières alertes ont été émises sur le rôle du Canada. Des « super-laboratoires » ont été démantelés ici, et des réseaux de blanchiment d’argent se sont révélés d’une sophistication inquiétante.

Depuis 2016, près de 50 000 Canadiens sont morts d’overdose, en grande partie liées au fentanyl. Pour Brian Lilley, il est temps que le Canada cesse de faire l’autruche, prenne ses responsabilités, et coopère activement pour démanteler les réseaux criminels qui opèrent sous son propre nez.

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