Pendant des décennies, le Canada faisait partie du club très fermé des dix pays les plus prospères de la planète. Or, selon le plus récent Global Wealth Report 2026 de la banque suisse UBS, cette époque semble désormais révolue.
Comme le rapporte CTV News, le Canada occupe maintenant le 13e rang mondial pour la richesse moyenne par adulte, avec un patrimoine moyen de 399 886 $ US, alors que la Suisse domine largement le classement avec plus de 910 000 $ US par adulte, suivie des États-Unis. Le rapport mesure la richesse nette en additionnant les actifs financiers et non financiers — notamment les propriétés — puis en soustrayant les dettes.
La richesse mondiale a progressé de 10,8 % en 2025, mais plusieurs pays ont progressé plus rapidement que le Canada, ce qui se traduit aujourd’hui par un recul dans le classement international.
Ce résultat peut sembler anodin à première vue. Après tout, le Canada demeure un pays riche. Pourtant, le symbole est fort : pendant une bonne partie des années Harper, puis encore sous Justin Trudeau, le pays figurait généralement parmi les dix économies où la richesse moyenne des ménages était la plus élevée.
Aujourd’hui, plusieurs économies comparables nous devancent.
Ce recul s’inscrit d’ailleurs dans une tendance plus large.
Depuis plusieurs années, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) multiplie les mises en garde concernant la faiblesse de la productivité canadienne. L’organisme estime que la croissance de la production par travailleur est insuffisante pour soutenir durablement l’amélioration du niveau de vie. Selon l’OCDE, sans une remontée importante des investissements productifs et de la productivité, le Canada risque de connaître l’une des plus faibles croissances du revenu par habitant parmi les pays développés au cours des prochaines décennies.
Autrement dit, le recul observé par UBS ne serait pas simplement un accident statistique, mais pourrait refléter une tendance économique plus profonde.
Le Canada continue certes d’afficher un patrimoine élevé grâce à la valeur de ses actifs, notamment immobiliers. Toutefois, une économie ne s’enrichit pas durablement uniquement par l’appréciation des maisons. La prospérité à long terme dépend également de la capacité à produire davantage de richesse réelle grâce aux investissements, à l’innovation et aux gains de productivité.
Or, c’est précisément sur ces indicateurs que plusieurs économistes tirent la sonnette d’alarme.
Ces dernières années, de nombreuses analyses ont également souligné que la croissance économique canadienne repose de plus en plus sur la croissance démographique plutôt que sur l’amélioration de la richesse produite par chaque citoyen. Le PIB global peut ainsi continuer de progresser, alors que le PIB par habitant, lui, stagne ou recule.
Dans ce contexte, la perte du statut de membre du « top 10 » des pays les plus riches prend une valeur hautement symbolique. Elle suggère que le Canada ne s’appauvrit pas nécessairement en termes absolus, mais qu’il s’enrichit moins rapidement que plusieurs de ses homologues.
Pour un pays qui figurait depuis longtemps parmi les grandes références économiques du monde occidental, il s’agit d’un signal difficile à ignorer.
Le défi dépasse donc largement une simple place dans un classement. Il pose une question fondamentale : le Canada est-il encore sur une trajectoire lui permettant de maintenir le niveau de vie qui a longtemps fait sa réputation, ou assiste-t-on progressivement à son déclassement parmi les économies avancées?



