La transition énergétique mondiale produit un paradoxe de plus en plus difficile à ignorer : le charbon perd progressivement du terrain dans la production d’électricité, mais la planète n’en a pourtant jamais autant consommé.
Selon les données du Statistical Review of World Energy 2026, analysées par Robert Rapier dans OilPrice.com, la consommation mondiale de charbon a atteint le niveau record de 166 exajoules en 2025, en hausse de 0,7 % sur un an. Pendant la même période, la production d’électricité à partir du charbon a légèrement diminué de 0,3 %, pour s’établir à 10 511 térawattheures.
Il ne s’agit pas réellement d’une contradiction. Le charbon ne sert pas uniquement à alimenter des centrales électriques. Il demeure également indispensable à plusieurs activités industrielles, notamment la fabrication de l’acier, du ciment, des produits chimiques et, dans certains pays, du nickel.
L’Agence internationale de l’énergie arrive à une conclusion semblable. Elle estime que la demande mondiale de charbon a encore progressé d’environ 0,4 % en 2025. La baisse observée dans l’électricité et dans certaines industries lourdes chinoises a été compensée par une utilisation accrue du charbon dans la pétrochimie en Chine, la sidérurgie en Inde et la production de nickel en Indonésie.
Une transition relative plutôt qu’absolue
Le charbon recule néanmoins lorsqu’on considère sa place relative dans le système énergétique mondial. Sa part dans l’approvisionnement total en énergie serait passée de 27,9 % en 2024 à 27,7 % en 2025. Pendant ce temps, les énergies renouvelables ont progressé beaucoup plus rapidement.
Mais la demande mondiale d’énergie augmente elle aussi. L’approvisionnement énergétique total est passé de 592,2 à 600,3 exajoules en un an, soit une croissance d’environ 1,4 %. Le monde peut donc installer massivement des capacités solaires et éoliennes tout en consommant simultanément davantage de charbon.
Cette distinction est fondamentale. Une source d’énergie peut perdre des parts de marché sans que sa consommation absolue diminue. Tant que la demande totale croît plus rapidement que les nouvelles capacités propres, les combustibles existants continuent d’être sollicités.
Le record de 2025 ne signifie donc pas que la transition énergétique est inexistante. Il montre plutôt qu’elle demeure insuffisamment rapide pour remplacer les sources traditionnelles tout en répondant à l’augmentation des besoins énergétiques.
Le charbon devient essentiellement asiatique
La géographie de la consommation permet également de comprendre pourquoi les politiques occidentales ont une influence limitée sur le total mondial.
La région Asie-Pacifique a consommé 138,1 exajoules de charbon en 2025, soit plus de 83 % de la consommation mondiale. La Chine représentait à elle seule 55,6 % du total, tandis que l’Inde en représentait 13,9 %. Ensemble, ces deux pays ont donc brûlé près de 70 % de tout le charbon consommé sur la planète.
À l’opposé, l’Union européenne ne comptait plus que pour 2,8 % de la consommation mondiale. La demande de charbon des pays membres de l’OCDE recule depuis dix ans, alors qu’elle continue d’augmenter dans les économies non membres, où l’accès à une énergie abondante et abordable demeure une condition essentielle à l’industrialisation.
Même en Chine, des signes de transformation apparaissent. La production chinoise d’électricité au charbon a diminué en 2025, les nouvelles capacités solaires, éoliennes, hydroélectriques et nucléaires ayant absorbé une partie de la croissance de la demande. L’AIE souligne toutefois que Pékin a simultanément mis en service près de 80 gigawatts de nouvelles centrales au charbon durant l’année, principalement pour renforcer la sécurité et la stabilité de son réseau.
La Chine développe donc rapidement les énergies propres sans renoncer à ses capacités pilotables. Elle additionne les sources d’énergie beaucoup plus qu’elle ne les remplace immédiatement.
Le véritable défi se trouve maintenant dans l’industrie
La légère baisse de la production électrique au charbon constitue une avancée, mais elle révèle aussi le prochain obstacle : la décarbonation des procédés industriels.
Remplacer une centrale au charbon par de l’hydroélectricité, du nucléaire, du gaz naturel ou une combinaison de renouvelables et de stockage est techniquement possible. Remplacer le charbon métallurgique utilisé dans la fabrication de l’acier ou le charbon employé comme matière première dans l’industrie chimique est souvent beaucoup plus complexe et coûteux.
Les gouvernements qui souhaitent réellement réduire les émissions mondiales devront donc dépasser les objectifs portant uniquement sur la production électrique. Il faudra développer davantage le nucléaire, l’hydroélectricité, les réseaux de transport, le stockage, les combustibles industriels moins polluants ainsi que les technologies permettant de fabriquer de l’acier et du ciment avec moins de charbon.
Le gaz naturel peut également jouer un rôle de transition dans les régions qui dépendent encore fortement du charbon pour produire leur électricité, particulièrement lorsque les solutions nucléaire ou hydroélectrique ne peuvent être déployées rapidement. Refuser par principe le développement du gaz, du nucléaire ou des grands projets hydroélectriques risque de prolonger la vie des centrales au charbon plutôt que d’accélérer leur remplacement.
Une occasion pour les producteurs d’énergie propre
Pour le Québec et le Canada, ces données devraient être interprétées comme un appel à produire davantage d’énergie, et non comme une justification à organiser la rareté.
Le Québec possède une expertise considérable en hydroélectricité, tandis que le Canada dispose de ressources en uranium, en gaz naturel et en technologies nucléaires. Ces avantages pourraient contribuer au remplacement du charbon, au pays comme sur les marchés internationaux, à condition que les infrastructures de production et d’exportation soient effectivement construites.
Une politique énergétique sérieuse ne peut pas reposer uniquement sur la réduction de la consommation occidentale ou sur l’ajout intermittent de capacités renouvelables. Elle doit offrir aux économies en croissance des solutions suffisamment abondantes, fiables et abordables pour remplacer concrètement le charbon.
Le record de 2025 ne démontre pas l’échec complet de la transition énergétique. La part du charbon diminue et sa production électrique a légèrement reculé. Il rappelle cependant qu’un recul statistique ne constitue pas encore un remplacement réel.
Tant que la demande mondiale d’énergie augmentera et que les solutions de rechange ne seront pas déployées assez rapidement, le charbon pourra continuer à perdre du terrain en pourcentage tout en battant de nouveaux records en volume.



