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L’écocentrisme est une fraude : il n’y a jamais eu « d’équilibre naturel »

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J’en entends déjà se révolter contre ce titre quelque peu provocateur. Si ça peut les rassurer d’entrée de jeu, mon intention n’est pas ici de diminuer l’impact des activités humaines sur les écosystèmes, mais simplement de souligner que cette idée « d’équilibre » relève plus du sens figuré que d’une réalité concrète, et que ce concept affecte néanmoins fortement les représentations et les idéologies des gens. À l’heure où l’écocentrisme est promu partout, il faudrait au moins savoir exactement ce que ça représente. Il n’y a jamais eu « d’équilibre » dans un sens absolu dans la nature ; les éléments s’y affrontent depuis des milliards d’années dans un combat sans pitié.

La chose est subtile : si les écosystèmes ont tendance à « s’équilibrer » de nombreuses manières dans le sens qu’il s’établit des formes de symbiose entre les différentes espèces et leur environnement, il ne faut cependant pas oublier que cet « équilibrage » est ininterrompu ; il n’est jamais abouti. Il y a constamment des surplus ou des pénuries dans la nature, des catastrophes, des changements inattendus, etc. Oui, la nature *tend* vers un équilibre ; mais la nature n’est pas *en* équilibre.

C’est pourquoi lorsqu’on lit des définitions « d’équilibre naturel », on parle du fait que la biocénose (l’ensemble des êtres vivants d’un écosystème) est en « équilibre dynamique », c’est-à-dire un équilibre constamment changeant, ce qui est un peu paradoxal.

Pour vous donner une image, c’est comme si vous aviez une balance, qui cherche constamment à revenir vers un point d’équilibre, mais qui n’y parvient jamais réellement. Jamais dans l’histoire de la planète cette balance n’a été au point mort, c’est tout à fait impossible. Depuis le début des temps, des espèces apparaissent, prospèrent, souffrent et disparaissent. Et tout ce temps, des volcans explosent, des météores tombent, des tremblements de terre ravagent les continents… Ce qui donne une apparence d’équilibre, c’est l’adaptation dont fait preuve la vie sur terre, c’est le fait que l’espace d’un moment, la vie semble bonne pour toutes les espèces impliquées.

Mais ça cache encore le fait que ces espèces doivent toutes s’entre-dévorer pour que la vie semble bonne… Il y a toujours un revers à cette médaille.

De nombreuses fois dans l’histoire biologique, des espèces sont devenues dominantes au point de ruiner leur propre environnement ; c’est l’envers du succès pour une espèce. Si un prédateur chasse trop bien et en vient à faire disparaître sa source de nourriture, logiquement, il se retrouve lui-même en famine et ne prospère plus. Pendant certaines périodes, le nombre de prédateurs et de proies en vient à « s’équilibrer », mais il y a toujours des moments d’exceptions pour ruiner la balance et ça occasionne alors des hécatombes.

C’est un peu la situation pour l’homme en ce moment : il est un animal devenu tellement dominant à tous les niveaux qu’il en est rendu à se nuire à lui-même en détruisant son environnement. On peut bien dire qu’il a « brisé l’équilibre naturel », mais en fait, il vient lui-même de la nature. C’est donc la nature elle-même qui brise son propre équilibre – autrement dit, elle n’est pas réellement en équilibre. L’homme est simplement la nouvelle espèce à se hisser en haut de la chaîne alimentaire d’une manière trop dominante.

Évidemment, on considère que l’homme est un cas à part, en raison de son développement, de sa conscience, de sa manière d’être qui s’éloigne de la nature en général. Et c’est vrai : contrairement à quelques lézards prédateurs qui on pu surchasser leur marais jusqu’à l’extinction, l’homme a conscience de ce qu’il fait et affecte la terre d’une manière beaucoup plus fondamentale. De là cette idée d’un bris de l’ordre naturel.

Mais ultimement, cette idée écocentriste d’équilibre de la nature n’est qu’un prolongement du concept religieux de Jardin d’Éden. Nous nageons encore en pleine culpabilisation due à notre éjection de cette nature primordiale qui, dans la religion, avait été établie par Dieu ; on reproche encore à Ève d’avoir croqué la pomme de la connaissance. On ne se sent plus appartenir à la nature : nous réalisons que nous sommes nus.

Les partisans de l’écocentrisme ne réalisent pas qu’ils ne font que réinventer la roue et que leur conception de la nature est plus d’ordre religieuse que scientifique.

On peut même aller plus loin : d’un point de vue chimique, la vie en elle-même est l’antithèse même de l’équilibre. En effet, on peut définir la vie comme « un système chimique qui utilise de l’énergie pour se maintenir loin de l’équilibre chimique ». Toute forme de vie lutte constamment contre sa dissolution dans le cosmos ; la vie est ce moment où elle s’en distingue et maintient sa singularité contre les éléments, jusqu’à sa mort, où elle « retourne à la terre », se décompose et se dissout dans les éléments. Autrement dit, le retour à l’équilibre signifie carrément la mort pour un organisme vivant.

Et tant qu’à élargir l’idée, ont peut même aller jusqu’à l’appliquer au cosmos lui-même. Le Big Bang est, dans son essence même, le bris d’un équilibre primordial. Ce qui crée l’univers, c’est la distinction des éléments, le chaos des planètes, des étoiles, des quasars, des trous-noirs, etc. Si les systèmes solaires semblent s’équilibrer, avec des planètes tournant sur le même orbite pendant des milliards d’années, ce n’est encore pas un équilibre absolu. Nous savons que notre Soleil mourra un jour. Ultimement, toutes les planètes avoisinantes qui nous ont accompagné dans notre histoire quitteront leur orbite pour se mélanger à nouveau dans l’immense brassage de matière des galaxies.

Ainsi, tout comme pour la mort dans son sens chimique chez les organismes vivants, nous pouvons théoriser, par le moyen du concept « d’entropie », la mort de l’univers comme étant le moment où l’énergie dissipée par le Big Bang – et qui crée tout ce « désordre » et cette agitation de galaxies et d’étoiles – aura atteint son extension maximale et ne pourra plus se maintenir elle-même. On aura alors atteint la « mort thermique de l’univers » ; toute l’énergie aujourd’hui concentrée dans les astres aura été dissoute dans l’immensité ; l’univers se sera dissout dans le néant… Et sera à nouveau, enfin, en « équilibre ».

Bref, qu’on me comprenne bien, il n’est pas question ici de remettre en question « l’équilibre dynamique » qu’on attribue à la nature et qui fait en sorte qu’on sait reconnaître les écosystèmes en santé des écosystèmes « débalancés » par l’activité humaine, mais simplement de rappeler qu’il ne s’agit pas réellement d’un équilibre absolu, et que nos postures philosophiques par rapport au monde doivent prendre en considération ce déséquilibre inhérent à l’existence. Tomber tête première dans une vision écocentriste naïve n’est pas la solution à nos problèmes en environnement.

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