Alors que les plaies du 7 octobre 2023 demeurent béantes dans la mémoire collective, les familles des victimes canadiennes de l’attaque terroriste perpétrée par le Hamas en Israël ont choisi de transformer leur deuil en action politique. Réunies au sein de l’Association des familles canadiennes des victimes du 7 octobre, elles demandent à Ottawa de passer des paroles aux actes et de faire du Canada un chef de file dans la lutte internationale contre le terrorisme islamiste et ses bailleurs de fonds.
Une rencontre symbolique avec Mark Carney
Selon un article publié le 9 novembre 2025 par le National Post, rédigé par l’équipe de la rédaction du média, les parents de deux victimes canadiennes, Alexandre Look et Adi Vital-Kaploun, ont rencontré le premier ministre Mark Carney afin de lui soumettre deux propositions concrètes. Alexandre Look, un Montréalais de 33 ans, a été tué alors qu’il protégeait d’autres personnes durant l’attaque du festival de musique Nova, tandis qu’Adi Vital-Kaploun, Canadienne-Israélienne du même âge, a été assassinée dans sa maison en défendant ses deux jeunes fils — Negev, quatre ans, et Eshel, six mois — plus tard enlevés puis libérés.
Carney a publié sur X une photo de la rencontre, saluant la « force remarquable » des familles et déclarant que leurs proches « ne seront pas oubliés, ni par [lui], ni par le gouvernement, ni par le pays ». Le National Post rapporte que les familles ont exprimé leur gratitude envers le premier ministre pour « sa déclaration claire et sans équivoque de solidarité avec les victimes du terrorisme du Hamas ».
Deux appels à l’action : sanctions et justice internationale
Les familles ont formulé deux demandes majeures. La première consiste à pousser le Canada à diriger, au sein des Nations unies, une campagne internationale pour faire sanctionner et démanteler le Hamas, sur le modèle des résolutions ayant visé l’État islamique (Daech) et Al-Qaïda. L’Association estime que l’expertise de Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, ainsi que son influence sur la scène économique mondiale, pourraient servir à coordonner des sanctions financières ciblant les réseaux logistiques et monétaires du Hamas.
La seconde demande vise à engager des poursuites contre les responsables iraniens impliqués dans le financement, l’armement et l’entraînement du groupe terroriste. Les familles exhortent Ottawa à utiliser la Loi sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre afin de démontrer le leadership canadien « dans la lutte mondiale contre l’impunité ». Cette initiative s’inscrirait dans une approche plus ferme vis-à-vis du régime iranien, dont le soutien aux groupes islamistes déstabilise le Proche-Orient depuis des décennies.
De la diplomatie à la mémoire : « l’action égale la mémoire »
Pour les proches des victimes, la justice internationale est aussi une forme de mémoire active. « Nous honorons ceux que nous avons perdus en travaillant ensemble à combattre l’antisémitisme, à tenir les coupables responsables et à bâtir un monde plus sûr et plus juste », ont-ils affirmé dans un communiqué cité par le National Post. Les familles ont également relié leur appel à la montée de l’antisémitisme au Canada : selon Statistique Canada, les crimes haineux ont doublé en cinq ans, les Juifs demeurant le groupe religieux le plus ciblé.
Cette articulation entre politique étrangère et climat intérieur souligne un point essentiel : pour ces familles, la lutte contre le Hamas et contre la haine antijuive procède du même combat moral. Leur message s’adresse autant à la conscience internationale qu’à la société canadienne elle-même, où la tolérance envers le discours anti-israélien a parfois glissé vers la complaisance face à la haine.
Carney entre fermeté et équilibre diplomatique
Le National Post rappelle enfin que cette rencontre s’inscrit dans un contexte délicat pour Mark Carney, dont la politique au Moyen-Orient tente de conjuguer condamnation du Hamas et soutien humanitaire à Gaza. En juillet dernier, il avait annoncé que le Canada reconnaîtrait l’État palestinien à condition de réformes démocratiques — une décision que les familles des victimes avaient publiquement rejetée. Carney s’est néanmoins montré critique du rôle de l’Iran dans la région, dénonçant son appui structurel au terrorisme.
Si le Canada répondait favorablement à la demande des familles, il deviendrait l’un des rares pays occidentaux à proposer une approche intégrée combinant sanctions, justice pénale internationale et diplomatie humanitaire. Pour les familles d’Alexandre Look et d’Adi Vital-Kaploun, ce serait le plus bel hommage rendu à leurs enfants : faire de leur mort un levier pour la vérité et la justice.



