Alors que les conditions routières se détériorent dans plusieurs régions du Québec en plein cœur de l’hiver, une déclaration de Michelle Blanc a récemment attiré l’attention. Dans une publication sur Facebook, la consultante et conférencière affirme avoir été informée par une source du milieu du déneigement que les réserves de sel routier au Québec seraient à un niveau critique, que le prix aurait triplé depuis l’an dernier et qu’il ne resterait pas suffisamment de sel pour terminer l’hiver.
Aucune confirmation officielle n’a, pour l’instant, été fournie par les autorités québécoises. Toutefois, lorsque l’on examine ce qui se passe simultanément en Ontario — où la situation est abondamment documentée — les propos de Michelle Blanc prennent une résonance particulière.
En Ontario, la pénurie n’est plus hypothétique
La situation ontarienne est décrite sans détour par plusieurs médias. Dans un reportage publié le 30 janvier 2026, Adrian Ghobrial rapporte pour CTV News que de nombreuses municipalités de la province voient leurs stocks de sel fondre à une vitesse inhabituelle, au point de devoir annoncer des « ajustements opérationnels » afin d’étirer les réserves restantes.
À London et à Pickering, les autorités municipales reconnaissent publiquement que le sel doit désormais être utilisé avec parcimonie pour éviter une rupture complète avant la fin de l’hiver, rapporte CTV News. Le phénomène est attribué à un hiver précoce, marqué par des tempêtes fréquentes et soutenues.
Une mine géante… mais un goulot d’étranglement
Un élément central revient dans les reportages ontariens : la mine de sel de Goderich, la plus grande mine de sel souterraine au monde. Malgré une capacité de production annuelle de plus de sept millions de tonnes — et une capacité maximale théorique de neuf millions — l’offre peine à suivre la demande.
Dans un reportage diffusé le 26 janvier 2026 sur CP24, le journaliste Scott Miller décrit des files de plus de 100 camions attendant pendant des heures à l’extérieur de la mine. Selon CP24, le problème n’est pas tant l’existence de la ressource que la capacité logistique à répondre à une demande concentrée sur quelques semaines plutôt que répartie sur toute la saison.
Explosion des prix et rationnement
Cette tension se reflète directement dans les prix. Toujours selon CP24, le coût du sel est passé d’environ 132 $ la tonne en novembre à près de 290 $ la tonne en janvier, soit une hausse d’environ 220 %. Des entrepreneurs en entretien hivernal, cités par le média, affirment être forcés de revoir leurs méthodes et de réduire drastiquement leur consommation.
Dans le même esprit, Dave Gerow, président de Triple J Contracting, explique à CTV News que certaines municipalités ont déjà utilisé, en janvier seulement, l’équivalent de leur consommation moyenne annuelle des dix dernières années.
Exportations vers les États-Unis et sel importé par Montréal
Un autre élément soulevé par CTV News ajoute à l’inquiétude : la mine de Goderich, propriété de la société américaine Compass Minerals, continue d’expédier du sel vers les États-Unis pendant que des municipalités ontariennes manquent de stocks.
Parallèlement, des distributeurs canadiens doivent désormais acheminer du sel via le port de Montréal, parfois importé d’aussi loin que l’Égypte. Selon Dave Gerow, cité par CTV News, des camions font la file au port sans garantie d’obtenir une cargaison, ce qui accentue encore la pression sur la chaîne d’approvisionnement.
Un problème connu
Dans un article publié le 19 janvier 2026, Sophie Jacob rapporte pour Truck Stop Québec que la situation actuelle s’inscrit dans une continuité plutôt que dans un incident isolé. Elle rappelle que l’hiver précédent avait déjà mis les stocks à rude épreuve, alors que la production des mines avait été ajustée à des hivers plus cléments et que des problèmes logistiques avaient ralenti les livraisons.
Truck Stop Québec souligne également que plusieurs municipalités ontariennes ont dû modifier leurs pratiques : rationnement du sel, recours accru au sable et aux abrasifs, et acceptation tacite de chaussées plus glissantes sur certains tronçons.
Au Québec, un discours officiel rassurant
Face à ce contexte, le contraste avec le Québec est frappant. Le 28 janvier 2026, en entrevue au 104,7 Outaouais, Isabelle Dorais, porte-parole de Transports Québec, a affirmé qu’il n’y avait aucune pénurie de sel ou d’abrasifs dans la région et que les « abris à sel sont pleins ».
Elle explique que les conditions glacées observées sur l’autoroute 50 sont dues avant tout au froid extrême, le sel devenant inefficace sous −12 °C, et non à un manque de ressources. Le ministère privilégierait donc temporairement des mélanges abrasifs, en attendant un redoux.
Une alerte à ne pas balayer trop vite
Sans constituer une preuve en soi, l’avertissement de Michelle Blanc agit comme signal faible provenant du terrain, à un moment où les données ontariennes démontrent que les pénuries peuvent survenir rapidement, même dans des juridictions dotées d’infrastructures majeures.
L’absence de couverture médiatique soutenue au Québec contraste avec la gravité du ton adopté en Ontario. Si Transports Québec assure que la situation est sous contrôle, l’expérience ontarienne montre qu’un hiver plus rude que prévu peut suffire à faire basculer l’équilibre.
Entre démenti officiel et signaux convergents
À ce stade, aucune pénurie officielle n’est reconnue au Québec. Mais l’alerte lancée par Michelle Blanc, combinée aux faits documentés en Ontario — flambée des prix, rationnement, congestion logistique et dépendance à des importations lointaines — invite à la prudence.



