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Pourquoi le couronnement de Charles III suscite peu d’intérêt

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Radio-Canada et La Presse en ont mis beaucoup que le client en demande. Retransmission de la cérémonie à Londres, commentateurs, invités dont le premier ministre Justin Trudeau présents sur place. Le couronnement du nouveau roi Charles III est loin de susciter l’intérêt des foules, et fait l’objet d’une opposition inédite dans l’histoire de la monarchie britannique. Pourquoi un tel désintérêt? Explications en quelques points bien précis.

Déjà, il faut mentionner l’âge du nouveau roi. Il est âgé de plus de 74 ans. Ça n’inspirera pas les gens qui préfèrent la jeunesse. Sa mère, la reine Elisabeth II a été couronnée reine à l’âge de 25 ans en 1952. Nous sortions de la Seconde Guerre mondiale et du monde colonial dans lequel nous vivions depuis des siècles. Elle représentait la modernité et le glamour. Or, son fils a hérité à un âge avancé, lui-même ne devait sûrement pas s’attendre à hériter de sa mère après tant de temps.

Aussi, il faut mentionner le déclin de l’Empire britannique depuis cette époque. En 1952, cela faisait à peine quelques années que l’Inde était indépendante, et de nombreuses colonies en Afrique n’étaient pas encore des pays indépendants. Ainsi que des îles des Caraïbes. Depuis, il s’est passé beaucoup de choses. Les Australiens et les Néo-Zélandais contestent de plus en plus leur appartenance à la couronne britannique, eux qui vivent si loin du Royaume-Uni. Le Québec s’émancipe petit à petit du Canada anglais, et l’immigration au Canada est incompatible avec un maintien pur et simple de la monarchie.

Sans compter que la Barbade est devenue une république il y a quelques années. Le Belize et la Jamaïque souhaitent faire de même d’ici 2 ans. Il est possible qu’à terme, la monarchie britannique ne règne que sur le Royaume-Uni, et un royaume désuni, avec la possible indépendance de l’Écosse et la réunification de l’Irlande. Car en politique, tout peut arriver rapidement.

Et puis, il y a le clivage générationnel. Si 58% des britanniques sont favorables, ce sont 32% des jeunes entre 18 et 24 ans qui se disent pour. La royauté et ses privilèges sont en plus en plus remis en question. La fortune du nouveau roi était estimée à 3 milliards de dollars canadiens. Et ce libre d’impôts. Dans un pays qui a de plus en plus de mal avec l’inflation. La collection de timbres du roi est estimée à 169 millions de dollars. Ce qui est absolument impressionnant.

Alors que les hôpitaux font l’objet de coupures et que des grèves secouent le secteur public au Royaume-Uni, le couronnement coûtera aux contribuables britanniques 170 millions de dollars. Cela dit, il y aura quand même la vente de produits officiels et dérivés, estimée à 414 millions de livres, mais cela ne change pas au fait que les contribuables devront payer la facture pour un tel événement dans un contexte de crise économique majeure poussée par l’hyperinflation.

S’il était inconcevable de s’opposer à la monarchie à une certaine époque, il y eut des manifestations républicaines contre le couronnement à Londres. C’est ainsi que Maxime Laporte, du Mouvement Québec français, a participé à l’une d’elles avec son drapeau tricolore des patriotes de 1837-38. Nous apprenons ainsi que le meneur du mouvement Republic Graham Smith a été arrêté avec 5 autres manifestants, et que des pancartes ont été saisies. Selon Maxime Laporte, « Pour un début de règne, ça fait pas mal dur » en affirmant que la manifestation était pacifique et que le droit de manifester est reconnu par les lois du Royaume-Uni.

Le Québec et le Canada devront se poser la question s’ils doivent continuer de faire partie du Commonwealth, ou du moins de reconnaître le roi Charles III comme leur monarque. Le Canada, de par sa peur de rouvrir sa constitution, et ainsi de donner des munitions aux nationalistes québécois, sera probablement le dernier pays à quitter la couronne britannique. Il faut dire néanmoins que le monarchisme au Canada anglais est un héritage culturel des blancs anglo-saxons protestants (des wasps en gros), et que cela est incompatible avec leur déclin démographique face à une immigration massive provenant pour beaucoup de l’ancien Empire britannique. Est-ce que les Indiens, sikhs comme hindous, les Pakistanais et les Jamaïcains manifesteront un appétit face au maintien de la monarchie? Rien n’est moins sûr.

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