Retour obligatoire au bureau : les congés de maladie explosent dans la fonction publique fédérale

Dès l’ouverture de son texte, Matteo Cimellaro dans les pages du Ottawa Citizen rappelle que les employés de l’administration fédérale centrale ont cumulé 238 668 jours de congé maladie en septembre 2024, contre 209 395 en septembre 2023. Cette augmentation est d’autant plus notable que la taille de la fonction publique n’a crû que d’environ 4 % durant cette période. Les données révèlent une tendance nette : plus les obligations de présence au bureau s’accentuent, plus les absences pour maladie augmentent.

Matteo Cimellaro retrace aussi l’évolution des années précédentes. En septembre 2022, les fonctionnaires avaient utilisé 168 245 jours de congé maladie. En 2021, ce total était de 157 657. Et lorsque le télétravail était généralisé, au cœur de la pandémie, les chiffres avaient été encore plus bas : 129 570 jours en 2020, contre 189 098 en 2019. Le journaliste souligne que ces données cadrent avec l’observation faite par les porte-parole fédéraux selon laquelle l’utilisation du congé maladie avait diminué pendant le télétravail complet et a recommencé à croître à mesure que les employés retournaient physiquement dans les bureaux.

Matteo Cimellaro cite la porte-parole du Conseil du Trésor, Rola Salem, qui affirme que le nombre moyen de jours de maladie par employé se maintient « autour de 2 % », et que la croissance depuis la pandémie reste proportionnelle à la taille de l’appareil administratif. Cependant, les données présentées dans l’article indiquent que, globalement, les journées de maladie augmentent année après année : le Conseil du Trésor lui-même a rapporté une moyenne de 5,9 jours en 2020-21, 8,1 jours en 2021-22, 8,8 jours en 2022-23 et 9,2 jours en 2023-24.

Comme l’explique Matteo Cimellaro, cette hausse des absences est survenue au moment où le gouvernement fédéral imposait une nouvelle politique hybride exigeant la présence au bureau trois jours par semaine pour les employés réguliers, et quatre jours pour les cadres. Cette directive est entrée en vigueur en septembre 2024 et a immédiatement suscité une levée de boucliers. Des syndicats et des employés ont organisé des manifestations et lancé une contestation judiciaire, temporairement suspendue à mesure qu’un grief chemine devant un tribunal administratif fédéral.

L’article rappelle également que le processus d’obtention des données a été laborieux : le Ottawa Citizen, cité par Matteo Cimellaro, avait demandé dès octobre 2023 les chiffres détaillés sur les congés maladie du mois de septembre 2024, mais le Conseil du Trésor n’a fourni l’information qu’un an plus tard. Les données montrent aussi que les employés du Conseil du Trésor eux-mêmes ont vu leur nombre de jours de maladie grimper : 2 191 jours en septembre 2024, contre 1 708,9 en 2023 et 1 477,9 en 2022.

Matteo Cimellaro décrit ainsi une situation où les fonctionnaires, après des années de télétravail et de modèles hybrides plus souples, vivent difficilement un retour imposé en présentiel. S’ajoutent à cela une fatigue organisationnelle, une baisse de moral largement documentée et un climat d’incertitude lié aux annonces de compressions et de restructurations. Selon l’auteur, cet ensemble de facteurs crée un contexte où l’augmentation des congés de maladie devient un baromètre social, révélateur d’un malaise profond entre les employés fédéraux et leur employeur.

Avec prudence, Matteo Cimellaro souligne que la directive exigeant la présence trois jours par semaine demeure en place et que le gouvernement n’a pas exclu un retour complet au bureau, une possibilité évoquée mais jamais démentie par les autorités interrogées dans le cadre de son reportage.

Au-delà des chiffres, l’article présente un portrait révélateur : le choc du changement organisationnel semble avoir un impact direct sur la santé et l’absentéisme, au moment où le gouvernement fédéral tente de recentraliser ses forces de travail.

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