L’avenir énergétique cesse d’être un débat abstrait et prend la forme d’un besoin très concret : des bâtiments gigantesques, pleins de serveurs, qui doivent tourner jour et nuit, refroidis en permanence, et dont l’appétit électrique ne semble pas connaître de plafond. C’est précisément cette dynamique — l’essor des centres de données aux États-Unis, dopé notamment par l’intelligence artificielle — que TC Energy veut convertir en moteur de croissance.
Selon un article de La Presse canadienne, l’entreprise canadienne de pipelines et d’infrastructures énergétiques cherche à capter cette demande « insatiable » d’électricité en misant d’abord sur l’optimisation de son réseau existant plutôt que sur une stratégie de construction massive à partir de zéro. La Presse canadienne rapporte que le PDG François Poirier a expliqué cette approche aux analystes vendredi, lors d’une conférence téléphonique : l’objectif est de saisir l’occasion sans augmenter l’exposition au risque, en privilégiant des expansions « brownfield » dans des corridors déjà exploités. Autrement dit : étendre, densifier, améliorer — et éviter de multiplier les paris coûteux sur de nouveaux tracés.
Cette prudence n’a rien d’une timidité : elle correspond à une lecture stratégique du marché. Poirier affirme que les infrastructures de TC Energy se situent à proximité d’environ 60 % de la croissance projetée des centres de données américains. Dans un secteur où la localisation — et la capacité de livrer rapidement de l’énergie — pèse aussi lourd que la technologie elle-même, c’est un avantage de positionnement que l’entreprise entend monétiser.
Des expansions ciblées : Ohio, Indiana, Illinois et au-delà
L’article précise que TC Energy a notamment mis de l’avant une expansion de son système Columbia Gas Transmission, destinée à servir une zone de l’Ohio où les centres de données se multiplient. Ces installations, rappelle La Presse canadienne, concentrent la puissance de calcul nécessaire à l’IA et à d’autres usages numériques, et exigent des volumes d’énergie considérables — non seulement pour alimenter les machines, mais aussi pour les refroidir.
Le signal de marché, dans ce dossier, semble clair. La Presse canadienne rapporte que TC Energy a offert à ses clients 500 000 mmbtu par jour de capacité lors d’une « open season » (période de sollicitation d’intérêt) qui s’est terminée le mois dernier — et que les offres reçues représentaient trois fois ce volume. Cela suggère une demande potentielle supérieure à l’offre initialement mise sur la table, et donc un espace réel pour l’expansion.
L’entreprise envisage aussi d’augmenter la capacité de son système Crossroads Pipeline, jusqu’à 1,5 million de mmbtu par jour, afin de desservir des marchés du nord de l’Indiana, de l’Illinois, de l’Iowa et du Dakota du Sud, où une croissance importante des centres de données est également anticipée, selon La Presse canadienne. Le choix des territoires est révélateur : il s’agit de zones où l’infrastructure existe déjà et où l’addition de capacité peut se faire plus vite, et souvent à moindre risque, que la création d’un nouveau corridor.
« Devant le compteur » : la frontière entre réseau public et alimentation directe
L’un des points les plus structurants du papier de La Presse canadienne concerne la manière dont TC Energy veut se positionner par rapport à la chaîne de valeur des centres de données. Le groupe ne cherche pas, pour l’instant, à devenir un développeur « sur mesure » qui alimente exclusivement un centre de données en lien direct.
L’article rapporte que, pour les investissements éventuels en production d’électricité, TC Energy préfère des centrales qui servent le réseau dans son ensemble, plutôt que des projets « derrière le compteur » (behind the meter) destinés à un seul client. François Poirier, cité par le média canadien, dit ainsi que l’entreprise se concentre « in front of the meter » avec ses clients des services publics. Et si un centre de données veut être servi directement en gaz, TC Energy pourrait l’envisager — mais seulement si le client est prêt à offrir un contrat de long terme comparable à ce que l’entreprise obtient de ses clients « utilities ».
Cette nuance compte : elle traduit une volonté de rester arrimé à des contreparties jugées plus solides — des clients « investment-grade » — et d’éviter de basculer vers des projets taillés à la demande d’acteurs technologiques dont les besoins peuvent croître vite, mais dont l’environnement concurrentiel change tout aussi vite.
Une trajectoire d’investissement lourde… et une demande gazière appelée à monter
Sur l’horizon financier, La Presse canadienne rapporte que TC Energy projette 6 milliards de dollars de dépenses nettes en capital par année jusqu’en 2030, avec la possibilité d’un niveau encore plus élevé vers la fin de la décennie. L’entreprise ancre aussi son récit dans une perspective plus large : TC Energy anticipe une croissance de la demande nord-américaine de gaz naturel de 45 millions de mmbtu par jour d’ici 2035.
Dans ce cadre, l’explosion des centres de données n’est pas seulement un phénomène technologique : c’est une transformation structurelle de la demande énergétique, qui réoriente les priorités d’investissement vers les zones capables d’absorber des charges massives, et vers les infrastructures qui peuvent les servir sans délais démesurés.
Résultats trimestriels : bénéfices en baisse, revenus en hausse, réaction positive du marché
L’article de La Presse canadienne rappelle enfin le contexte immédiat : TC Energy a publié des résultats financiers meilleurs qu’attendu, ce qui a soutenu le titre. On rapporte que l’action était en hausse d’environ 4 % à la mi-journée à la Bourse de Toronto après la publication.
Sur le quatrième trimestre, on indique que le bénéfice net s’est établi à 959 millions de dollars, en baisse par rapport aux 1,07 milliard du trimestre correspondant un an plus tôt. Le bénéfice par action ressort à 0,92 $, contre 1,03 $ l’année précédente, pour le trimestre clos le 31 décembre. En revanche, les revenus montent : La Presse canadienne rapporte un chiffre d’affaires de 4,17 milliards de dollars, contre 3,58 milliards un an plus tôt.
Le texte précise aussi que les « comparable earnings » (bénéfices comparables) sont de 0,98 $ par action, contre 1,05 $ au quatrième trimestre de 2024. Et, selon des données compilées par LSEG Data & Analytics et rapportées par La Presse canadienne, les analystes anticipaient en moyenne un profit ajusté de 0,92 $ par action.
Enfin, La Presse canadienne note qu’il s’agit d’une histoire corrigée : une version précédente contenait un chiffre erroné sur les bénéfices du quatrième trimestre de 2024. Cette mention, discrète mais importante, souligne à quel point la lecture des résultats — et leur comparaison d’une année à l’autre — dépend de la précision des données de référence.
Une stratégie de croissance « nerveuse », mais disciplinée
Bref, il se dessine une stratégie moins spectaculaire qu’un grand chantier, mais plus cohérente avec la logique des infrastructures : se placer là où la croissance est déjà en train d’arriver, élargir ce qui existe, sécuriser des clients solides, et éviter les projets qui transforment une opportunité en pari.
En misant sur l’essor des centres de données — sans se laisser aspirer par la tentation du « sur mesure » risqué — TC Energy semble vouloir jouer une carte classique : celle du réseau, des corridors, et des contrats longs. Dans l’économie de l’IA, où tout accélère, c’est peut-être précisément cette lenteur disciplinée qui fait la différence.



