73% des Canadiens favorables à la construction de nouvelles infrastructures pétrolières

Une nette majorité de Canadiens appuie désormais la construction de nouvelles infrastructures pétrolières vers les côtes Est et Ouest, révèle un sondage d’Environics Research relayé par la journaliste Emma Graney du Globe and Mail. À contre-courant du discours dominant des dernières années, ces résultats marquent un tournant dans l’opinion publique et pourraient donner un appui populaire inattendu au projet de « superpuissance énergétique » porté par le premier ministre Mark Carney.

Une majorité inattendue, même au Québec

Selon le sondage national mené entre le 11 et le 23 juin 2025 auprès de 2 072 Canadiens adultes, 73 % des répondants appuient la construction d’un nouveau pipeline pétrolier vers l’une ou l’autre des côtes. Fait étonnant, même le Québec — historiquement réfractaire à tout projet de cette nature — affiche un appui majoritaire : 59 % des répondants québécois appuient un pipeline vers la côte Ouest, et 55 % vers la côte Est. Ces chiffres viennent brouiller le stéréotype d’un Québec univoquement tourné vers l’électrification à tout prix, et laissent entrevoir un réalignement des priorités en période de turbulences économiques et géopolitiques.

Le contexte Trump et la relance économique

Ce regain de soutien envers les projets pétroliers survient alors que le président américain Donald Trump menace d’imposer, dès le mois prochain, des tarifs de 35 % sur certains produits canadiens. Dans ce contexte tendu, le gouvernement Carney, appuyé par plusieurs premiers ministres provinciaux, met de l’avant la nécessité de renforcer la souveraineté énergétique et de doter le pays d’infrastructures robustes pour acheminer ses ressources vers les marchés mondiaux.

Mark Carney semble ainsi trouver un terreau favorable pour son projet de relance économique par de grands chantiers énergétiques, misant sur une approche à double ressort : soutenir à la fois les énergies conventionnelles (pétrole, gaz) et les énergies dites « propres ».

Une vision d’équilibre : pétrole ET énergies vertes

Les résultats du sondage démontrent d’ailleurs une adhésion importante à cette vision équilibrée. Lorsqu’on demande aux Canadiens quels types de projets énergétiques devraient être prioritaires, la moitié d’entre eux répondent : les deux. Un Canadien sur six favorise uniquement les énergies conventionnelles, un sur quatre préfère l’énergie propre seule, mais le centre de gravité se situe clairement dans la complémentarité.

Même en Alberta, bastion de l’industrie fossile, 55 % des répondants soutiennent une approche mixte. En revanche, le Québec reste la seule province où une majorité continue de privilégier uniquement les énergies vertes.

Politiquement, cette synthèse énergétique transcende les lignes partisanes : 60 % des sympathisants libéraux et 52 % des conservateurs appuient une stratégie mêlant énergies fossiles et renouvelables, bien que les conservateurs soient plus enclins à favoriser les projets conventionnels.

Une rupture avec les discours d’hier

Comme le souligne Sarah Roberton, vice-présidente principale aux affaires publiques chez Environics, ces données représentent un véritable « renversement » par rapport aux tendances observées il y a une décennie. La volonté populaire de réduire les obstacles au développement des ressources naturelles, combinée à un appui majoritaire à l’accélération des processus d’évaluation environnementale, marque un virage culturel profond : « Les gens reconnaissent qu’on doit faire les choses autrement », affirme-t-elle au Globe and Mail.

Cela donne au gouvernement Carney une fenêtre d’opportunité claire pour lancer des projets d’envergure, à condition de maintenir une narration cohérente entre développement économique et prudence environnementale.

Le pétrole regagne du terrain

En parallèle, l’appui populaire aux sables bitumineux atteint cette année 62 %, un sommet inégalé depuis 2012. Là encore, les perceptions évoluent, sous l’effet combiné des incertitudes économiques et de la reconnaissance grandissante du rôle stratégique des hydrocarbures dans l’économie canadienne — y compris comme source de revenus nécessaires pour financer la transition énergétique.

Pourtant, cette réhabilitation ne se fait pas sans nuance. Le sondage indique que 78 % des répondants se disent inquiets des effets environnementaux des industries et entreprises. La population reste méfiante quant à l’engagement réel de l’industrie pétrolière à réduire ses émissions.

En contrepartie, 81 % des Canadiens soutiennent les investissements en technologies propres et en énergie durable — une adhésion largement transpartisane, s’étendant aux provinces de l’Ouest et aux électeurs conservateurs. Cette donnée cruciale souligne que le soutien accru au pétrole ne signifie pas un rejet de l’environnement, mais plutôt une volonté de combiner efficacité économique et responsabilité climatique.

L’heure du réalisme?

Ce sondage d’Environics, relayé par Emma Graney du Globe and Mail, met en lumière un changement majeur dans le climat d’opinion canadien. Après des années de polarisation idéologique sur les enjeux énergétiques, les Canadiens semblent réclamer une approche pragmatique, qui ne sacrifie ni l’emploi ni l’environnement. Cette évolution pourrait redéfinir les débats politiques à venir, en forçant les partis à sortir des postures dogmatiques pour répondre à une volonté populaire de cohérence, de croissance et de souveraineté énergétique.

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