Catharine Tunney, journaliste de la CBC, rapporte qu’Air Canada traverse une crise syndicale d’une intensité rare. Les agents de bord, représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), refusent de reprendre le travail même si le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) a jugé leur grève illégale. Le président national du SCFP, Mark Hancock, a affirmé lors d’une conférence de presse que le syndicat était prêt à risquer des amendes ou même des peines de prison pour défendre ses membres : « Si cela signifie que des gens comme moi vont en prison, qu’il en soit ainsi », a-t-il lancé, cité par Tunney.
Un ordre de retour au travail ignoré
Selon l’article de Tunney, le CCRI a publié lundi matin une directive exigeant que le syndicat cesse immédiatement toute activité liée à la grève et ordonne à ses 10 000 agents de bord de reprendre leurs fonctions avant midi. La vice-présidente Jennifer Webster a écrit que la poursuite de l’arrêt de travail constituait une violation claire de la loi. Le SCFP a toutefois maintenu ses piquets de grève, notamment devant les aéroports de Toronto et Vancouver, défiant ouvertement l’ordonnance.
Ce bras de fer survient après un week-end chaotique pour les voyageurs : des centaines de vols ont été annulés, et Air Canada estime que 500 000 clients ont vu leurs déplacements perturbés. L’entreprise a affirmé, dans un communiqué repris par Tunney, regretter cette situation et vouloir rétablir ses services « dès que possible ».
L’intervention du gouvernement fédéral
La journaliste de la CBC souligne que la ministre fédérale de l’Emploi, Patty Hajdu, a invoqué l’article 107 du Code canadien du travail, une disposition controversée qui permet au CCRI d’ordonner un retour au travail immédiat et d’envoyer les parties en arbitrage obligatoire pour préserver la « paix industrielle ». Cette intervention est dénoncée par le syndicat, qui accuse le gouvernement libéral de « récompenser le refus d’Air Canada de négocier équitablement en lui donnant exactement ce qu’il voulait ».
Le premier ministre Mark Carney a réagi lundi en affirmant qu’il est « important que les agents de bord soient toujours rémunérés équitablement » et en exprimant sa « déception » de voir les négociations échouer. Il a ajouté que la priorité devait être une résolution rapide afin de mettre fin aux perturbations affectant « des centaines de milliers de Canadiens et de visiteurs ».
Le cœur du litige : la rémunération du travail au sol
Catharine Tunney rapporte que la principale pomme de discorde concerne la rémunération du travail effectué au sol. Les agents de bord réclament que les tâches réalisées avant le décollage (comme les vérifications de sécurité ou l’embarquement des passagers) et après l’atterrissage soient payées au même taux horaire que le temps de vol. Air Canada propose de payer ces périodes à 50 % du taux habituel, en contrepartie d’une hausse salariale de 8 % la première année, suivie d’augmentations de 4 à 8 % selon une nouvelle formule. Selon l’entreprise, cela permettrait aux agents de bord les plus expérimentés de toucher en moyenne 87 000 $ d’ici 2027.
Le SCFP rejette cette offre et insiste pour que le travail au sol soit rémunéré à 100 %. Selon lui, accepter la formule de la compagnie reviendrait à perpétuer une forme de travail gratuit, inacceptable pour des employés déjà soumis à de fortes contraintes.
Des enjeux plus larges sur le droit de grève
Tunney rappelle que le CCRI est censé agir comme un tribunal indépendant en matière de relations de travail. Toutefois, plusieurs syndicats contestent l’usage de l’article 107, qu’ils perçoivent comme une atteinte au droit de grève. Chris Roberts, du Congrès du travail du Canada, a déclaré que le conseil ne devrait pas « se comporter comme le sténographe du gouvernement ». À l’inverse, l’association patronale FETCO a condamné l’attitude du SCFP, jugeant qu’elle « normalise l’idée qu’on peut simplement ignorer une décision qui ne nous convient pas », ce qui minerait la stabilité économique et la réputation internationale du Canada.
Une crise qui dépasse Air Canada
En lisant Catharine Tunney, il est clair que cette grève soulève des enjeux dépassant la simple négociation entre Air Canada et ses agents de bord. Elle interroge le rôle du gouvernement dans les conflits de travail, les limites du droit de grève au Canada et l’équilibre des forces entre grandes entreprises et syndicats. Tandis que des voyageurs exaspérés continuent de subir les annulations, le bras de fer entre Ottawa, Air Canada et le SCFP pourrait bien devenir un précédent marquant dans l’histoire récente des relations de travail au pays.



