Un article de Meghan Potkins publié dans le Financial Post soulève des perspectives financières considérables pour les communautés autochtones susceptibles de devenir copropriétaires d’un éventuel nouveau pipeline albertain vers la côte nord de la Colombie-Britannique. L’analyse repose notamment sur les propos de Chana Martineau, dirigeante de l’Alberta Indigenous Opportunities Corporation (AIOC), qui voit dans ce projet une occasion sans précédent d’assurer des revenus stables et prévisibles aux Premières Nations.
Martineau, qui dirige l’agence de prêts autochtone de l’Alberta, a expliqué que les infrastructures pipelinières figurent parmi les investissements les plus attrayants pour les communautés, en raison de leurs flux de trésorerie durables et fiables. Selon elle, les rendements potentiels pour les nations autochtones seraient « significatifs », tout en refusant de confirmer l’hypothèse avancée récemment par la première ministre Danielle Smith quant à des revenus annuels pouvant atteindre un milliard de dollars pour les communautés concernées.
C’est dans ce contexte que Smith a évoqué l’idée d’un pipeline d’une capacité d’un million de barils par jour, reliant l’Alberta à la côte pacifique, et pouvant atteindre une valeur de 20 milliards de dollars. Elle a estimé que l’infrastructure pourrait générer jusqu’à 2 milliards de dollars par année, dont la moitié pourrait revenir à des propriétaires autochtones si le projet allait de l’avant avec une participation pouvant atteindre 50 %. Pour elle, il s’agit d’un moyen de réduire la dépendance structurelle des communautés envers les transferts gouvernementaux, en leur permettant de bâtir leurs propres sources de revenus.
Le protocole d’entente signé récemment entre Ottawa et l’Alberta constitue une première étape, puisqu’il identifie l’AIOC comme l’outil principal pour garantir et soutenir l’entrée des Premières Nations dans le capital du projet. Toutefois, Martineau souligne que rien n’est encore fixé : ni les promoteurs privés potentiels ni les communautés autochtones n’ont officiellement approché la société de la Couronne pour structurer une offre ou un montage financier. Elle rappelle également que les projets d’infrastructures majeurs impliquent souvent de nombreux acteurs – potentiellement des dizaines de communautés – et que les divergences internes sont inévitables.
Le débat politique entourant cette idée commence déjà à se cristalliser. Certaines Premières Nations côtières ont exprimé leur opposition au projet, tandis que l’Assemblée des Premières Nations réunie à Ottawa a voté unanimement pour demander au gouvernement fédéral d’abandonner l’entente énergétique conclue avec l’Alberta. Toutefois, comme l’illustre l’exemple d’une transaction précédente ayant permis à 23 communautés autochtones d’acquérir une participation dans sept pipelines d’Enbridge, les points de vue ne sont pas uniformes et varient selon les intérêts, les territoires et les priorités des nations concernées.
Si ce nouveau pipeline devait avancer, il constituerait un précédent canadien en matière de gouvernance : les communautés autochtones seraient partie prenante du projet dès le départ, et non invitées à titre consultatif une fois la décision prise. Martineau souligne qu’elle souhaite voir les Premières Nations participer pleinement et équitablement, conformément à une vision d’autodétermination économique de plus en plus partagée.
Toute avancée dépend cependant d’un accord crucial avec Ottawa sur le prix du carbone industriel, que les deux gouvernements doivent finaliser avant le 1er avril. L’Alberta vise ensuite à présenter les spécifications techniques de son projet de pipeline bitumineux d’ici le 1er juillet, ce qui fera de 2026 une année décisive pour ce dossier hautement stratégique.



