Avis de mises à pied en cascade dans la fonction publique fédérale

Des milliers de travailleurs de la fonction publique fédérale canadienne ont reçu, au cours des dernières semaines, des avis les informant que leur poste pourrait être supprimé. L’information est rapportée par Catherine Morrison pour Global News, dans un article publié le 19 janvier 2026.

Selon les données communiquées aux syndicats et relayées par Global News, ces avis — appelés workforce adjustment notices — se multiplient depuis le dépôt du budget fédéral de novembre dernier, dans le cadre de la vaste « révision complète des dépenses » lancée par le gouvernement.

Des chiffres qui s’accumulent rapidement

La Public Service Alliance of Canada (PSAC) indique que 1 775 avis ont été transmis à ses membres au cours de la seule dernière semaine, portant le total à 2 273 depuis la présentation du budget. Ces employés œuvrent notamment à Services publics et Approvisionnement Canada, Services partagés Canada, Statistiques Canada et au Secrétariat du Trésor.

De son côté, le Professional Institute of the Public Service of Canada (PIPSC) affirme que 1 849 de ses membres ont reçu un avis similaire la semaine dernière. Dans un communiqué cité par Global News, le syndicat dénonce une situation assimilée à une « compétition façon Hunger Games » entre fonctionnaires pour conserver leur emploi.

Colère syndicale et soupçon d’externalisation

Le président du PIPSC, Sean O’Reilly, souligne un paradoxe troublant : alors que des employés reçoivent des avis de mise à pied, des consultants externes continueraient de travailler dans les mêmes équipes. Une situation qui, selon lui, soulève de « sérieuses questions » sur les priorités du gouvernement.

Les chiffres officiels donnent du poids à cette critique. Global News rapporte que le Canada a dépensé plus de 19 milliards de dollars en services professionnels et spécialisés externes en 2024-2025, soit près de 2 milliards de plus que l’année précédente et environ 8,5 milliards de plus qu’en 2020.

Une cure d’austérité assumée par Ottawa

Le budget fédéral prévoit de réduire les dépenses de programmes et les coûts administratifs d’environ 60 milliards de dollars sur cinq ans, via ce que le gouvernement appelle une comprehensive expenditure review. Le document budgétaire, cité par Global News, évoque explicitement une « restructuration des opérations », la consolidation des services internes, l’attrition et des ajustements de la main-d’œuvre afin de ramener la taille de la fonction publique à un niveau jugé « plus durable ».

Concrètement, Ottawa vise une réduction d’environ 40 000 postes, par rapport au sommet de 368 000 employés atteint en 2023-2024. Environ 10 000 emplois auraient déjà été éliminés. Le plan comprend également la suppression de 1 000 postes de cadres sur deux ans et une réduction de 20 % des dépenses en gestion et en consultation sur trois ans.

Les statisticiens et les professionnels particulièrement touchés

La Canadian Association of Professional Employees (CAPE) affirme que plus de 2 800 de ses membres ont reçu un avis depuis novembre. Parmi eux, plus de 1 900 travaillent à Statistique Canada, tandis que d’autres proviennent de Natural Resources Canada, Transport Canada et du Privy Council Office.

Statistique Canada a d’ailleurs déjà confirmé qu’elle supprimera environ 850 postes, ainsi que 12 % de son équipe de direction, information reprise par Global News. Un porte-parole de l’agence, Carter Mann, a indiqué que les employés concernés seraient informés sous peu.

Retraites anticipées et climat d’incertitude

Pour limiter les mises à pied sèches, le gouvernement a envoyé des lettres à près de 68 000 fonctionnaires potentiellement admissibles à un programme de retraite anticipée volontaire, sans pénalité de pension. Selon Global News, ce programme d’un an pourrait être mis en œuvre dès ce mois-ci, dans l’espoir d’augmenter l’attrition et d’épargner les travailleurs plus jeunes.

Mais pour les syndicats, le flou demeure total. Sharon DeSousa, présidente nationale de la PSAC, déplore auprès de The Canadian Press, cité par Global News, un « manque de transparence » quant aux services et départements visés, ainsi que peu de détails sur les modalités concrètes des retraites anticipées.

Elle souligne également l’impact psychologique de cette incertitude : les employés ne savent pas s’ils seront les prochains, et les citoyens ignorent quels services pourraient être affectés. Une situation qu’elle juge « injuste », tant pour les travailleurs que pour la population.

Un choc structurel pour l’État fédéral

Au-delà des chiffres, la vague actuelle d’avis de mises à pied marque un tournant pour l’appareil fédéral. Après des années d’expansion rapide de la fonction publique, Ottawa enclenche désormais une contraction brutale, dans un contexte de pressions budgétaires, de critiques sur l’efficacité administrative et de recours massif à la sous-traitance.

Comme le rapporte Catherine Morrison pour Global News, les syndicats s’attendent à d’autres annonces dans les prochaines semaines, laissant planer une incertitude durable sur l’avenir de dizaines de milliers de fonctionnaires — et sur la capacité de l’État à maintenir ses services dans un contexte de compressions aussi profondes.

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