Banque du Canada : statu quo sur les taux, une politique monétaire désormais tributaire du front commercial américain

En ce début de 2026, la Banque du Canada se trouve dans une posture d’attente prudente. L’inflation demeure contenue, la croissance économique se maintient à un rythme modeste et le marché du travail résiste, mais l’environnement général reste dominé par une incertitude persistante : l’évolution des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis. C’est dans ce contexte que la banque centrale doit annoncer une décision largement anticipée, mais dont les implications à moyen terme restent étroitement conditionnelles à des facteurs externes.

Un maintien du taux directeur largement attendu

Selon une dépêche de Reuters, rédigée par Promit Mukherjee et éditée par Nick Zieminski, la Bank of Canada devrait maintenir son taux directeur à 2,25 % lors de sa décision prévue mercredi. Les économistes interrogés s’entendent largement sur ce statu quo, alors que l’inflation continue d’évoluer à l’intérieur de la fourchette cible de la banque centrale.

Reuters rappelle que la Banque du Canada avait indiqué en octobre, après une réduction de 25 points de base, que le niveau atteint par le taux directeur correspondait globalement à ce qu’elle considère comme approprié dans le contexte actuel. L’institution reconnaissait toutefois ne pas disposer d’outils efficaces pour contrer les effets structurels liés aux tarifs américains et à l’incertitude qu’ils génèrent.

Des anticipations de marché révisées depuis décembre

La dépêche de Reuters indique que depuis décembre 2025, les marchés monétaires ont commencé à intégrer la possibilité d’une hausse de taux plus tard en 2026, après une longue période de pause. Cette évolution des anticipations reflète la perception que le cycle d’assouplissement monétaire est essentiellement complété.

Un sondage Reuters mené auprès de 35 économistes montre qu’environ 75 % d’entre eux estiment désormais que la Banque du Canada maintiendra son taux directeur pour l’ensemble de l’année 2026, une proportion en hausse par rapport aux attentes exprimées en décembre dernier.

Une politique « neutre » qui fait débat

Reuters souligne que la Banque du Canada a abaissé ses taux de 100 points de base au cours de l’année précédente, les ramenant vers le bas de sa fourchette dite « neutre », soit un niveau qui ne stimule ni ne freine l’économie.

Cette neutralité est toutefois contestée par certains économistes. Doug Porter, économiste en chef chez BMO Capital Markets, affirme que, dans un contexte de montée du chômage et d’incertitude commerciale élevée, il est légitime de s’interroger sur la pertinence de maintenir une politique strictement neutre plutôt que réellement accommodante.

Des indicateurs économiques contrastés

Les enquêtes récentes de la Banque du Canada auprès des entreprises et des ménages, citées par Reuters, révèlent un climat de prudence marqué. Les entreprises demeurent hésitantes à investir et les consommateurs s’inquiètent de la sécurité de leur emploi ainsi que du poids de leur endettement.

À l’inverse, les données macroéconomiques plus larges montrent une résilience relative. L’impact des tarifs américains demeure concentré dans certains secteurs — acier, aluminium, bois d’œuvre et automobile — tandis que l’inflation est restée stable, que la croissance se poursuit à un rythme modeste et que la création d’emplois a été solide à l’automne.

Le regard des marchés financiers

De son côté, John MacFarlane, pour Yahoo Finance, souligne que malgré le statu quo largement attendu cette semaine, les marchés demeurent divisés quant à la trajectoire future de la politique monétaire canadienne. Selon cette lecture, l’orientation des taux dépendra largement de l’évolution des négociations commerciales avec Washington et de la renégociation de l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (USMCA).

Les marchés évaluent ainsi un scénario dans lequel la Banque du Canada pourrait maintenir une politique stable ou légèrement accommodante pendant encore plusieurs mois, avant d’envisager un resserrement modéré si le climat commercial nord-américain venait à s’améliorer.

Une éventuelle hausse strictement conditionnelle

Reuters rapporte également les propos de Tony Stillo, directeur de l’économie canadienne chez Oxford Economics, selon lesquels le scénario central demeure celui d’un maintien prolongé des taux, suivi éventuellement d’une hausse ponctuelle visant à ramener le taux directeur vers le point médian de la fourchette neutre.

Il précise toutefois que ce scénario repose sur une condition déterminante : une renégociation jugée satisfaisante de l’USMCA, dans laquelle les tarifs seraient maintenus, mais à un niveau moins contraignant qu’actuellement.

Une décision sans virage immédiat

La Banque du Canada annoncera sa décision le 29 janvier à 9 h 45 (HE) et publiera simultanément son Rapport sur la politique monétaire, qui inclura des prévisions économiques et inflationnistes à point unique ainsi qu’une mise à jour de l’impact du plus récent budget fédéral.

Si la décision attendue ne constitue pas un virage, elle confirme néanmoins que la politique monétaire canadienne est désormais étroitement arrimée à des dynamiques commerciales et géopolitiques qui dépassent largement le cadre strict des indicateurs économiques domestiques.

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