Postes Canada enregistre la plus lourde perte trimestrielle de son histoire

Ari Rabinovitch rapporte pour Global News que Postes Canada vient de franchir un triste jalon financier : une perte avant impôts de 407 millions de dollars pour le deuxième trimestre de 2025, la plus importante jamais enregistrée par la société d’État sur une période de trois mois. Ce résultat dramatique contraste brutalement avec la même période l’an dernier, alors que la société avait réalisé un bénéfice de 46 millions.

Une chute alimentée par l’incertitude syndicale

Selon les informations publiées par la société et relayées par Global News, l’effondrement des revenus est directement lié à l’instabilité du climat de travail. La grève de novembre 2024, les semaines de paralysie, puis l’interdiction d’heures supplémentaires imposée par le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP/CUPW) ont poussé les clients vers des transporteurs concurrents capables d’assurer la stabilité de livraison.

Postes Canada elle-même souligne que la moitié de ses pertes du trimestre se sont concentrées sur le seul mois de juin, au plus fort des tensions syndicales. Le segment des colis — jadis moteur de croissance à l’ère du commerce en ligne — s’est effondré. Entre janvier et juin 2025, les revenus issus des livraisons de colis ont chuté de près d’un demi-milliard de dollars comparativement à l’année précédente.

Un service en crise structurelle

Ari Rabinovitch rappelle que la société d’État fait face depuis des années à une érosion de son modèle d’affaires. Les mises en garde se sont multipliées au printemps : certains observateurs craignent que Postes Canada ne « suive la trajectoire de Blockbuster », incapable de s’adapter aux transformations du marché.

Une Commission d’enquête industrielle avait même conclu que l’entreprise était « pratiquement insolvable ». Ses recommandations incluaient l’abolition de la livraison quotidienne et le recours accru aux boîtes postales communautaires, autant de pistes destinées à réduire des coûts jugés insoutenables.

En 2024, Postes Canada avait déjà affiché une perte totale de 841 millions de dollars, son septième déficit annuel consécutif. L’année 2025, avec un tel départ, pourrait dépasser ce sombre record.

Des négociations dans l’impasse

Comme le rappelle Global News, le conflit de travail reste entier. Les offres « finales » déposées par la direction au printemps 2025 ont été rejetées à la fois par les unités urbaines et rurales du STTP. Le syndicat a soumis une contre-proposition détaillée en mai, mais la société étudie encore cette réponse, et aucune rencontre n’est prévue à court terme.

Le ministre du Travail de l’époque, Steven MacKinnon, avait déjà dû intervenir en décembre 2024 pour forcer le retour au travail durant la période des Fêtes. Depuis, les médiateurs fédéraux n’ont pas réussi à rapprocher les positions.

Un service national vital menacé

Dans son communiqué cité par Ari Rabinovitch, Postes Canada reconnaît l’« urgence de moderniser et protéger ce service national vital ». Le contexte électoral du printemps 2025 a temporairement gonflé le volume du courrier transactionnel, mais cet apport a été dérisoire face à l’hémorragie des colis.

L’avenir de Postes Canada paraît désormais suspendu à deux variables : la conclusion d’un accord avec le syndicat et la capacité de l’entreprise à transformer radicalement son modèle. En attendant, la société d’État continue de s’enfoncer dans une spirale déficitaire sans précédent.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine

Canada vs États-Unis : l’ordre mondial en rupture

L’ordre mondial libéral désigne le système international advenu après la Seconde Guerre mondiale sous l’égide de l’influence américaine. Les États-Unis ont joué le rôle de