David Oliver, expert en stratégie géopolitique et fondateur de Minerva Group, signe dans le National Post du 27 août 2025 un article sur la visite de Mark Carney en Allemagne, dans le cadre du projet canadien de renouvellement de sa flotte sous-marine. Oliver explique que le premier ministre a inspecté le chantier naval de ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) à Kiel, l’un des deux finalistes avec le sud-coréen Hanwha Ocean Co., pour fournir douze sous-marins au Canada dans le cadre du Canadian Patrol Submarine Project (CPSP).
Selon Oliver, ce contrat, l’un des plus importants depuis la Guerre froide, définira la capacité du Canada à défendre sa souveraineté en Arctique, un théâtre de plus en plus contesté par la Russie et la Chine. Il s’agit aussi d’un geste politique : Carney veut montrer que le Canada peut développer son autonomie stratégique vis-à-vis de Washington en resserrant ses liens avec l’Europe et l’Asie.
L’auteur rappelle que l’histoire canadienne en matière de sous-marins est malheureuse. En 1998, Ottawa avait acheté quatre vieux sous-marins britanniques de classe Upholder, rebaptisés classe Victoria. Mis en service au début des années 2000, ces bâtiments ont été rongés par les problèmes techniques, allant jusqu’à un incendie majeur lors du transfert. Résultat : le Canada n’a jamais réussi à maintenir une présence navale constante en mer, s’en remettant aux alliés de l’OTAN pour surveiller ses propres eaux arctiques.
Oliver ajoute qu’Ottawa a aussi été marginalisé par l’accord AUKUS en 2021, qui liait Australie, Royaume-Uni et États-Unis pour la livraison de sous-marins nucléaires et, surtout, pour le partage d’avancées en cybertechnologies et en informatique quantique. Cette exclusion aurait dû alerter le Canada sur sa vulnérabilité stratégique.
Les deux modèles en lice aujourd’hui illustrent des choix très différents : le Type 212CD de TKMS, déjà utilisé par l’Allemagne et la Norvège, favorise l’interopérabilité avec l’OTAN, tandis que le KSS-III sud-coréen offre une capacité rare pour une marine non nucléaire, avec le lancement vertical de missiles balistiques (SLBMs). Dans les deux cas, insiste Oliver, les sous-marins seraient construits à l’étranger, ce qui prive le Canada d’un transfert de savoir-faire et d’un bénéfice industriel national.
L’auteur prend en exemple la Pologne, qui a commandé un millier de chars K2 à la Corée du Sud : une première série produite en Corée, puis un transfert progressif de la production en Pologne, renforçant son industrie de défense tout en répondant à un besoin urgent de sécurité. Selon Oliver, le Canada devrait s’inspirer de ce modèle hybride afin de stimuler sa propre base industrielle et non seulement signer un contrat « clé en main » à l’étranger.
En conclusion, Oliver affirme que si la priorité reste la défense de l’Arctique et la livraison rapide des navires, Ottawa ne doit pas manquer l’occasion de renforcer aussi son économie et son expertise nationale. Le choix du vainqueur du CPSP, attendu dans les prochaines années, sera donc décisif pour la posture stratégique du pays.



