Carney met sur pause la cible 2026 de vente de véhicules électriques

Le gouvernement fédéral change brutalement de cap. Comme le rapportent Vassy Kapelos et Stephanie Ha pour CTV News, le premier ministre Mark Carney a annoncé vendredi à Mississauga la suspension de la cible de 2026 sur les ventes de véhicules électriques, tout en lançant une politique d’approvisionnement « acheter canadien » qui sera appliquée dans l’ensemble des institutions fédérales d’ici 2026. Cette décision constitue une rupture majeure avec l’agenda climatique de Justin Trudeau et reflète la volonté d’Ottawa de se recentrer sur la défense des secteurs stratégiques, fortement ébranlés par les tarifs imposés par Donald Trump. Dans un contexte de guerre commerciale prolongée, Carney cherche ainsi à rassurer l’industrie automobile et à repositionner la stratégie économique du Canada sur un axe protectionniste et pragmatique, quitte à mettre en veilleuse certaines ambitions environnementales.

Une pause sur la cible 2026 des véhicules électriques

Lors de son allocution à Mississauga, à la suite d’un forum de planification du cabinet consacré à l’économie, Carney a confirmé que la cible fédérale exigeant que 20 % des ventes de véhicules légers soient des VE d’ici 2026 est mise en pause. Un examen de 60 jours de l’ensemble du mandat sera lancé.

Interrogé par les journalistes sur la possibilité d’un abandon complet de cette cible, Carney est demeuré évasif. Toujours selon les propos rapportés par Vassy Kapelos et Stephanie Ha pour CTV News, il a indiqué que les constructeurs automobiles ont « assez sur les épaules en ce moment » et que le gouvernement entend évaluer l’interaction entre divers instruments de politique publique : normes sur les carburants propres, crédits d’impôt à l’investissement, politique commerciale et mandat VE.

Cette décision s’inscrit dans une série de reculs par rapport à l’agenda climatique de l’ancien premier ministre Justin Trudeau. Plus tôt cette année, Carney avait déjà éliminé la taxe carbone à la consommation, une mesure emblématique du gouvernement précédent.

Une nouvelle stratégie face aux tarifs américains

Carney justifie ce revirement par la nécessité de protéger les secteurs les plus exposés à la guerre commerciale déclenchée par le président américain Donald Trump. Depuis février, Washington a imposé des tarifs massifs sur les exportations canadiennes, initialement justifiés par des arguments de sécurité frontalière, puis concentrés sur des produits hors du cadre de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Depuis, des droits punitifs ont été ajoutés sur l’acier, l’aluminium, le cuivre et l’automobile.

« Notre relation avec les États-Unis, autrefois une grande force, est devenue dans certains cas une vulnérabilité », a déclaré Carney. « Cette perturbation exige une nouvelle approche audacieuse. »

CTV News rapporte que plusieurs sources gouvernementales et industrielles avaient confirmé avant l’annonce que le Canada s’orientait vers une stratégie sectorielle plutôt qu’un programme strictement axé sur les cibles climatiques.

Les piliers de la politique annoncée

Outre le moratoire sur la cible 2026 des VE, Carney a dévoilé une série de mesures économiques structurantes :

  • Politique « acheter canadien » : applicable à tous les achats et financements des institutions fédérales d’ici le printemps 2026.
  • Fonds stratégique de réponse de 5 milliards $ pour aider les entreprises à s’adapter aux nouvelles réalités commerciales.
  • Soutien accru aux travailleurs touchés par les mises à pied dues aux tarifs.
  • Souplesse accrue dans l’octroi de prêts aux entreprises affectées par la guerre commerciale.
  • Stratégie de diversification commerciale : objectif d’augmenter les exportations vers des marchés hors États-Unis à 50 % d’ici 2030.
  • 370 millions $ sur deux ans pour les producteurs de canola, via des incitatifs liés aux biocarburants.
  • Amendements ciblés aux règlements sur les carburants propres.

Ces mesures marquent un repositionnement vers une souveraineté économique renforcée, alors que les États-Unis demeurent un partenaire incontournable mais de plus en plus imprévisible.

Relations tendues mais constantes avec Washington

CTV News rappelle que Carney a fait l’objet de critiques de certains premiers ministres provinciaux et de l’opposition conservatrice pour avoir abandonné plusieurs contre-mesures canadiennes, notamment en exemptant les biens couverts par l’ACEUM et en retirant la taxe sur les services numériques (DST) à laquelle Trump s’opposait farouchement.

Le Canada maintient toutefois des contre-tarifs de 25 % sur l’acier et l’aluminium, alors que Washington impose des droits de 50 % sur les mêmes produits. Carney a expliqué que cette asymétrie visait à « refléter » la structure des tarifs américains, plutôt qu’à les surenchérir.

Le premier ministre a confirmé avoir discuté « longuement » avec Donald Trump en début de semaine. Il a qualifié la conversation de « bonne », tout en avertissant que les Canadiens ne devaient pas s’attendre à une résolution rapide : « Il n’y aura pas de fumée blanche pour annoncer la fin des tarifs sectoriels. »

Un nouveau cap politique

Le report de la cible des véhicules électriques et l’instauration d’une politique d’achat national représentent une inflexion majeure pour Ottawa. Comme le souligne le reportage de CTV News, il s’agit à la fois d’une réponse aux pressions externes de Washington et d’un recentrage interne de la politique économique canadienne, davantage axée sur la résilience des secteurs stratégiques que sur les engagements climatiques internationaux.

Carney cherche à projeter une image de pragmatisme et de résultats concrets, au risque de s’aliéner une partie de l’électorat et des acteurs économiques attachés aux cibles environnementales ambitieuses de l’ère Trudeau.

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