Dans un article publié par le National Post, Tristin Hopper revient sur le parcours troublant d’Osman Azizov, un ressortissant azerbaïdjanais accusé d’avoir participé à un complot de kidnappings violents à Toronto aux côtés d’un individu soupçonné de liens avec l’État islamique. L’affaire met en lumière une série de défaillances majeures du système canadien d’immigration et de sécurité frontalière, remontant à l’arrivée illégale d’Azizov au Canada en 2017.
Osman Azizov fait partie des trois hommes accusés d’avoir planifié des enlèvements de femmes prises au hasard dans les rues de Toronto, ainsi que des attaques ciblant la communauté juive. Malgré la gravité des accusations, il a obtenu une remise en liberté sous caution, une décision qui a suscité une onde de choc dans l’opinion publique et chez plusieurs observateurs du système judiciaire.
Les documents révélés dans une enquête exclusive menée par Stewart Bell de Global News montrent qu’Azizov est entré illégalement au Canada avec sa famille en 2017, en traversant la frontière près de Lacolle, au Québec. Il faisait ainsi partie de la première vague massive de ce que les autorités canadiennes ont ensuite qualifié de « passages frontaliers irréguliers », un phénomène sans précédent à l’époque.
Ce mouvement s’est accéléré dans la foulée de l’entrée en fonction du président américain Donald Trump, lorsque son administration a instauré des restrictions sur l’accueil de réfugiés en provenance de plusieurs pays à majorité musulmane. Peu après, le premier ministre canadien Justin Trudeau publiait un message largement diffusé sur les réseaux sociaux affirmant que le Canada accueillerait les personnes fuyant la persécution, indépendamment de leur foi. En l’espace de quelques semaines, le Canada a vu affluer des dizaines de demandeurs d’asile franchissant illégalement la frontière depuis les États-Unis.
Selon les statistiques de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, environ la moitié des demandes d’asile traitées en 2018 ont été rejetées ou abandonnées. Le dossier de la famille Azizov a été officiellement rejeté cette année-là, et les recours subséquents devant la Section d’appel des réfugiés et la Cour fédérale ont été épuisés en 2019.
Malgré cela, Osman Azizov a pu demeurer au Canada pendant plusieurs années supplémentaires. En 2024, il aurait obtenu un statut lui permettant de rester au pays pour des « considérations d’ordre humanitaire et compatissant ». Ce statut lui aurait conféré la résidence permanente, soit l’étape précédant généralement l’accès à la citoyenneté canadienne.
Cette décision soulève de lourdes questions politiques. Selon la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, l’octroi d’un statut pour motifs humanitaires nécessite une approbation ministérielle directe. La ministre doit alors s’assurer que le demandeur ne constitue pas un danger pour la sécurité du Canada, qu’il n’est pas impliqué dans des activités terroristes et qu’il ne représente pas une menace pour la population.
La critique conservatrice en matière d’immigration, Michelle Rempel Garner, a affirmé publiquement que la résidence permanente d’Azizov aurait exigé la signature personnelle d’un ministre libéral. Elle a demandé quel membre du gouvernement avait accordé ce statut à un individu aujourd’hui accusé d’actes violents graves.
Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a lui aussi dénoncé la situation, soulignant que la demande d’asile d’Azizov avait été rejetée près d’une décennie plus tôt et que sa présence continue au Canada témoignait, selon lui, d’un système d’immigration brisé.
Bien qu’Azizov ne soit pas accusé personnellement de terrorisme, il aurait agi de concert avec Waleed Khan, un homme ultérieurement accusé de liens avec l’État islamique. Khan fait face à plusieurs chefs d’accusation liés au terrorisme, dont une conspiration en vue de commettre un meurtre au profit ou en association avec un groupe terroriste.
Le Centre for Israel and Jewish Affairs a pour sa part averti que cette affaire dépasse largement la confiance du public envers le système judiciaire et soulève de graves enjeux de sécurité nationale. L’idée qu’un individu dont la demande d’asile a été rejetée puisse demeurer au pays, obtenir un statut permanent et être ultérieurement accusé de complots violents alimente un profond malaise.
Au-delà du cas Azizov, cette affaire relance le débat sur les conséquences à long terme des passages frontaliers irréguliers, sur l’usage des exemptions humanitaires et sur la capacité réelle de l’État canadien à concilier compassion, sécurité publique et rigueur institutionnelle.



