Dans une analyse publiée par le National Post, John Ivison met en lumière l’un des dossiers les plus explosifs que Mark Carney pourrait être forcé d’affronter : l’expansion controversée de l’aide médicale à mourir (MAID), héritée du gouvernement Trudeau. Selon l’analyse, le premier ministre, occupé à revoir de nombreux pans de la politique fédérale, pourrait bientôt devoir se pencher sur cette décision jugée parmi les plus contestées de la dernière décennie.
L’un des constats centraux est que l’appui public demeure solide concernant la loi initiale adoptée en 2016, une mesure encadrée par les critères stricts posés dans l’arrêt Carter : majorité, aptitude à consentir, maladie grave et irréversible et consentement éclairé. Près des trois quarts de la population y adhèrent encore. Mais cet appui chute brutalement dès que l’on ouvre la porte à des souffrances de nature psychologique ou à des raisons sociales comme la pauvreté ou l’itinérance, options pourtant rendues possibles par les modifications législatives adoptées au fil des années.
Le problème s’accentue avec l’échéancier législatif actuel. En vertu des lois toujours en vigueur, MAID doit être accessible, dès 2027, aux personnes dont la maladie mentale constitue la seule condition sous-jacente. Cette ouverture découle d’un amendement tardif du Sénat, adopté à l’époque sans véritable débat approfondi, ce qui a fait basculer le Canada vers l’un des régimes d’euthanasie les plus permissifs au monde.
Les données récentes de Santé Canada montrent à quel point le pays a déjà pris cette direction. En 2024, 16 499 personnes ont reçu l’aide médicale à mourir, ce qui représente 5,1 % de tous les décès au pays. Seuls les Pays-Bas enregistrent un taux plus élevé. Même si la croissance ralentit, les chiffres révèlent une hausse continue des cas dits « Track Two », où la mort n’est pas imminente. Ces dossiers, bien que minoritaires, soulèvent les plus grandes inquiétudes : la solitude, le sentiment d’être un fardeau et la détresse existentielle représentent des facteurs fréquents, parfois majoritaires, dans ces demandes.
Cette réalité expose une ligne de tension : l’aide médicale à mourir n’est plus seulement un outil destiné aux patients en fin de vie, mais devient un instrument auquel recourent des personnes touchées par des souffrances psychologiques ou socioéconomiques. Plusieurs observateurs craignent un glissement où des problèmes traitables ou des situations temporaires ouvriraient la voie vers une décision irréversible.
Parallèlement, la constitutionnalité des extensions adoptées depuis 2021 n’a jamais été pleinement tranchée par les tribunaux. Des groupes de défense des personnes handicapées contestent déjà les nouvelles dispositions devant la justice ontarienne, soutenant que le cadre actuel véhicule une perception dévalorisante de la vie des personnes vulnérables. Le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU a d’ailleurs appelé le Canada à renverser les modifications qui permettent MAID dans les cas où la mort n’est pas prévisible.
Une partie des dérives actuelles trouve son origine après le jugement rendu dans l’affaire Truchon. Plutôt que de porter cette décision en appel, Ottawa avait choisi d’élargir l’accès à MAID, tout en excluant d’abord la maladie mentale. Cette exclusion était motivée par les fréquentes erreurs de diagnostic, l’impossibilité de déterminer avec certitude l’irréversibilité d’un trouble psychiatrique et la difficulté de distinguer les cas incurables des cas réversibles. Ce principe a été balayé lorsque l’amendement sénatorial a été intégré à la loi, rendant inévitable l’échéance de 2027.
Certains acteurs politiques souhaitent revenir en arrière. Une députée conservatrice propose notamment de modifier le Code criminel afin d’exclure les troubles mentaux des conditions admissibles. Le chef du Parti conservateur a également promis d’abroger l’amendement responsable de l’élargissement imminent. Mais pour l’instant, l’avenir du dossier dépend surtout de la volonté politique du gouvernement Carney.
L’équation demeure délicate : la population canadienne continue de soutenir l’option de soulager des adultes en fin de vie, souffrant de manière irréversible et consentant à l’aide médicale à mourir. Mais elle rejette massivement l’idée que l’euthanasie puisse s’appliquer à des réalités sociales ou psychologiques, comme la détresse financière, l’isolement ou la maladie mentale seule. Le gouvernement devra bientôt décider s’il resserre la loi pour préserver la confiance du public, ou s’il laisse s’appliquer un élargissement que plusieurs jugent impossible à contrôler.



