Le journaliste Christopher Nardi, du National Post, rapporte que Daniel Rogers, directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), a récemment adressé une note interne cinglante à la haute direction de l’agence. Dans ce mémo daté du 23 juin et obtenu par le journal, Rogers qualifie de « décevants et inacceptables » les résultats du plus récent sondage de la fonction publique fédérale concernant l’état d’esprit des employés.
Christopher Nardi explique que ce sondage de 2024 brosse un portrait particulièrement sombre du climat de travail au sein du SCRS. La confiance envers la direction est faible, la bureaucratie est jugée excessive et moins de la moitié des employés recommanderaient leur organisation comme lieu de travail. À peine 40 % disent avoir confiance dans la haute direction, tandis que seulement 29 % estiment que les décisions sont prises efficacement et en temps opportun.
Rogers insiste dans sa note : « Notre service n’agit pas à son plein potentiel. Le moral bas et le manque de confiance en la direction nuisent à notre mission et fragilisent la confiance des Canadiens et du gouvernement. »
Comme le rappelle Nardi, le SCRS traverse depuis plusieurs années une période difficile. L’agence a été ébranlée par des scandales liés au harcèlement, aux discriminations et même à des accusations de viol dans ses bureaux en Colombie-Britannique. Le nombre de plaintes internes pour harcèlement est passé de 11 % en 2020 à 17 % en 2024, un chiffre bien au-dessus de la moyenne de la fonction publique.
La note de Rogers souligne que le changement culturel, maintes fois promis mais rarement appliqué, doit désormais devenir la priorité absolue de la haute direction. Pour la première fois, le directeur conditionne même les primes des cadres à la mise en œuvre de changements organisationnels concrets.
Selon les informations rapportées par Nardi, Rogers exhorte les gestionnaires à « réfléchir à leur propre impact » sur le climat de travail et à adopter une approche axée sur l’intégrité, la confiance et l’inclusion. Des mesures ont déjà été annoncées, notamment la création d’un bureau de l’ombudsman, confié à Elianne Hall, pour soutenir les employés et bâtir une culture de respect. De plus, le SCRS a publié son premier rapport public sur les inconduites et fautes commises à l’interne.
Malgré ces problèmes, Nardi note que le sondage n’est pas entièrement négatif. Une large majorité (84 %) des employés disent être fiers de leur travail, 77 % apprécient leur poste et 74 % en retirent un sentiment de satisfaction.
Huda Mukbil, ancienne agente du SCRS et auteure du livre Agent of Change: My Life Fighting Terrorists, Spies and Institutional Racism, a réagi aux propos de Rogers dans les pages du National Post. Elle estime que ces changements sont « attendus depuis longtemps ». Mukbil, qui avait poursuivi l’agence en 2017 avec d’autres collègues pour racisme et sexisme, affirme partager le constat du directeur. Elle souligne cependant que de nombreux problèmes persistent : un système de plaintes inefficace, une culture « paramilitaire et macho », ainsi que des pratiques de népotisme et de discrimination.
Pour Rogers, la reconstruction de la confiance doit commencer maintenant. « Vous aurez la tâche difficile d’adopter une attitude positive, même si vos expériences passées n’ont pas toujours été positives », écrit-il dans son mémo, appelant ses gestionnaires à agir.



