Dans un nouveau geste de répression contre le mouvement prodémocratie hongkongais, la police de Hong Kong a annoncé vendredi 25 juillet l’émission de mandats d’arrêt et l’octroi de primes substantielles à l’encontre de 19 militants exilés. Selon les informations relayées par l’Associated Press et publiées sur le site de CBC, ces activistes sont accusés d’avoir pris part à une organisation jugée subversive, baptisée Hong Kong Parliament, fondée en exil au Canada.
Le groupe visé, dont le comité électoral a été créé à Toronto en 2022, milite pour une autodétermination du territoire hongkongais et l’adoption d’une constitution locale. Dans son communiqué officiel, la police de Hong Kong affirme que cette initiative cherche à « renverser ou saper le système fondamental de la Chine ou les institutions au pouvoir », en violation directe de la loi de sécurité nationale imposée par Pékin en 2020. Cette loi controversée, qui criminalise entre autres la sécession, la subversion et la collusion avec des forces étrangères, a déjà été utilisée pour emprisonner plusieurs figures de l’opposition à Hong Kong.
Ciblés pour avoir organisé un vote en exil
Le tribunal de la ville a ainsi émis des mandats à l’encontre de 19 individus, dont Elmer Yuen, Johnny Fok, Tony Choi, Victor Ho et Keung Ka-wai, accusés d’avoir organisé ou participé à un vote organisé par le Hong Kong Parliament. Ce scrutin, tenu à distance par une application mobile et des systèmes de vote en ligne, aurait rassemblé selon le groupe quelque 15 700 votes valides provenant de plusieurs diasporas hongkongaises, notamment au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, à Taïwan, en Thaïlande et en Australie.
Victor Ho, l’un des militants visés et ancien rédacteur en chef du Sing Tao Daily installé en Colombie-Britannique, avait déjà été ciblé par un mandat d’arrêt distinct il y a quelques mois. Il avait alors déclaré à CBC News qu’il ne comptait pas renoncer à son engagement pour la défense des droits des Hongkongais face à l’ingérence de Pékin. La police a offert une récompense d’un million de dollars hongkongais (environ 174 580 $ canadiens) pour toute information menant à l’arrestation de Yuen, Ho, Fok et Choi, et 200 000 HK$ (environ 34 915 $ canadiens) pour les autres militants.
Une répression mondiale à portée numérique
Dans un direct sur Facebook, Elmer Yuen a qualifié cette offensive policière de « publicité gratuite » pour le mouvement, y voyant une occasion de rallier davantage de soutiens. Sasha Gong, également visée et citoyenne américaine, a affirmé de son côté qu’elle dénoncerait cette mesure aux autorités et législateurs des États-Unis, accusant Hong Kong d’être devenue un véritable État policier.
Ce n’est pas la première fois que des militants en exil sont ainsi poursuivis. La police hongkongaise a déjà émis des mandats contre des figures bien connues comme Nathan Law ou Ted Hui. En 2023, les autorités sont même allées jusqu’à annuler certains passeports de dissidents basés à l’étranger, en vertu d’amendements récents à la loi de sécurité nationale.
Ces pratiques extraterritoriales de « répression transnationale » ont soulevé une vague d’indignation au sein de la communauté internationale. En mars 2025, les États-Unis ont sanctionné six hauts responsables chinois et hongkongais pour leur implication dans ces campagnes, rappelle l’Associated Press. Pékin avait alors riposté en annonçant ses propres sanctions contre des personnalités américaines.
Le Canada sous pression pour réagir
Du côté canadien, plusieurs voix s’élèvent pour demander une réponse diplomatique ferme. Jenny Kwan, députée néo-démocrate de Vancouver-Est née à Hong Kong, a appelé à l’adoption de sanctions ciblées à l’encontre des responsables hongkongais impliqués dans la répression. Des organisations telles que Hong Kong Watch Canada et le Raoul Wallenberg Centre for Human Rights exhortent aussi Ottawa à prendre des mesures concrètes pour défendre les droits démocratiques dans l’ex-colonie britannique.
Depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, le territoire était censé conserver une autonomie substantielle et des libertés civiles pendant 50 ans, conformément au principe « un pays, deux systèmes ». Or, comme le souligne l’Associated Press, cette promesse semble chaque jour plus vidée de sa substance, à mesure que les militants sont réduits au silence — même à l’étranger.
La communauté hongkongaise installée au Canada, forte de dizaines de milliers d’exilés et de résidents permanents, observe avec inquiétude cette escalade de la surveillance et des menaces. Alors que la Chine étend sa doctrine autoritaire bien au-delà de ses frontières, la question cruciale demeure : jusqu’où les démocraties occidentales, Canada inclus, toléreront-elles cette forme de répression mondiale opérée par un régime étranger?



