Selon un article de Tyler Dawson publié dans le National Post, l’opinion des Canadiens sur l’immigration connaît un durcissement marqué. Le journaliste explique qu’un sondage mené par la firme Léger pour l’Association d’études canadiennes révèle que 48 % des Canadiens jugent nécessaires des « déportations massives » afin de freiner l’immigration illégale. Ce chiffre se rapproche des données recueillies aux États-Unis, où 49 % des répondants partagent cette idée.
Tyler Dawson rapporte également que 65 % des Canadiens estiment que le pays accueille trop d’immigrants légaux. Cette proportion a bondi en quelques années : en février 2024, elle n’était que de 50 %, et en 2019, seulement 35 %. Cette évolution traduit, selon Jack Jedwab, président de l’Association d’études canadiennes, une inquiétude persistante face à l’impact de l’immigration sur le logement et l’emploi, deux enjeux majeurs dans l’opinion publique.
Le journaliste rappelle pourtant que le Canada reçoit relativement peu d’immigrants illégaux comparé aux États-Unis. Entre janvier et septembre 2024, 865 passages irréguliers ont été interceptés, loin des dizaines de milliers de cas observés chez le voisin du Sud. Néanmoins, la fermeture du chemin Roxham au Québec en 2023 n’a pas effacé les craintes : depuis 2017, 113 805 migrants irréguliers ont franchi la frontière canadienne, dont 24 680 ont vu leur demande d’asile rejetée. Ottawa estime par ailleurs que près d’un demi-million de sans-papiers vivraient déjà sur le territoire.
Tyler Dawson précise que le gouvernement fédéral, conscient du mécontentement croissant, a annoncé une réduction des cibles d’immigration : 395 000 nouveaux résidents permanents en 2025, puis 380 000 en 2026 et 365 000 en 2027, au lieu des 500 000 initialement prévus. Toutefois, ces ajustements ne semblent pas avoir convaincu l’opinion. Le sondage montre que 67 % des Canadiens au courant de la baisse jugent encore les seuils trop élevés, tandis que ce pourcentage grimpe à 79 % chez ceux qui ignoraient les changements.
Les résultats révèlent aussi une ambivalence. Comme le note Dawson, 49 % des sondés reconnaissent que les immigrants contribuent positivement à l’économie, et 70 % estiment qu’ils occupent souvent des emplois que les Canadiens ne veulent pas. Cependant, 40 % pensent qu’ils prennent la place des travailleurs locaux et 33 % voient en eux une menace pour le mode de vie canadien. Dans le même temps, 61 % considèrent qu’ils enrichissent la culture nationale, signe d’une perception à la fois critique et reconnaissante.
Jack Jedwab, cité par le National Post, souligne cette contradiction : une majorité des répondants reconnaît la contribution culturelle des immigrants, mais une part importante persiste à croire qu’ils constituent un danger pour l’identité canadienne. L’écart d’opinion est encore plus frappant selon les positions initiales : parmi ceux qui estiment qu’il y a trop d’immigrants, seulement 39 % jugent qu’ils participent positivement à l’économie, contre 80 % chez ceux qui ne partagent pas cette inquiétude.
Enfin, Dawson observe que si le débat canadien ressemble de plus en plus à celui des États-Unis, il demeure moins polarisé. Par exemple, 63 % des Canadiens jugeant l’immigration excessive appuient l’idée de déportations massives, contre 20 % de ceux qui estiment que le pays n’accueille pas trop de nouveaux arrivants. Aux États-Unis, l’écart est bien plus marqué : 78 % contre 14 %.
Ainsi, l’article du National Post met en lumière un climat de tension grandissante autour de l’immigration au Canada, où les réductions annoncées par Ottawa ne semblent pas suffire à calmer un électorat de plus en plus divisé.


