Montréal, une ville marquée par des infrastructures vieillissantes, voit sa nature reprendre le dessus grâce à une anomalie bien particulière : les fameuses fuites d’eau qui rongent son réseau. Ces fuites, loin d’être une simple négligence, semblent jouer un rôle clé dans la préservation de la végétation urbaine, notamment des érables qui embellissent ses rues. Selon des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), l’eau qui s’échappe des tuyaux défectueux pourrait être une source inattendue d’hydratation pour ces arbres, les maintenant en vie même pendant les périodes sèches, comme l’a rapporté Matt Gilmour pour CTV News le 5 août 2025.
Les érables, qui constituent 25 % de la canopée de la ville, consomment en moyenne 50 litres d’eau par jour. Si l’arrosage quotidien effectué par les services municipaux aide, cela reste bien insuffisant pour combler leurs besoins. En étudiant des échantillons prélevés sur des arbres de rue, les chercheurs ont découvert que ces érables bénéficient d’une source d’eau cachée : celle provenant des tuyaux défectueux du réseau d’eau. André Poirier, chercheur principal, a trouvé une trace de plomb dans les racines des arbres des rues, une trace qui, selon lui, provient des anciens tuyaux en plomb, témoignant des fuites permanentes de l’infrastructure. « C’est comme une empreinte digitale, essentiellement, du métal. Nous pensons que ce plomb provient des vieux tuyaux en plomb qui fuient », explique Poirier.
Le phénomène n’est pas isolé : chaque année, environ 83 millions de mètres cubes d’eau fuit du réseau, quantité largement suffisante pour nourrir les arbres de la ville. L’effet de ces fuites est tel que les érables urbains deviennent plus robustes que ceux qui se trouvent dans les parcs, qui n’ont pas accès à cette source d’eau supplémentaire. « Les arbres des rues sont plus robustes en cas de sécheresse, car ils ne dépendent pas de la pluie », ajoute Poirier. Ces arbres, loin de dépendre de l’eau pluviale, tirent parti des fuites du réseau, un paradoxe qui voit la nature prospérer alors même que la ville se délite.
Malgré les efforts de la Ville pour réduire les fuites d’eau, ces dernières continuent de nourrir un écosystème urbain de manière inattendue. La mairesse de Lachine, Maja Vadonovic, a déclaré que, bien que la ville travaille à réduire ces fuites, « ce n’est pas notre objectif d’avoir des tuyaux qui fuient pour nourrir les arbres ». Pourtant, pour l’instant, la dégradation de l’infrastructure municipale offre à la nature un avantage inattendu, renforçant les érables des rues de la ville.
Poirier, cependant, souligne qu’en l’absence d’une pluie abondante, ces arbres bénéficient d’une résilience supplémentaire. L’eau en fuite leur permet de se maintenir en pleine forme, contrairement aux arbres des parcs qui n’ont pas accès à cette source. « Les arbres des rues sont plus robustes quand il y a une sécheresse, car ils ne dépendent pas de la pluie », indique Poirier. Ces arbres, loin de dépendre de l’eau pluviale, tirent parti des fuites du réseau, un paradoxe qui voit la nature prospérer alors même que la ville se délite.
Pour l’heure, la ville de Montréal cherche à réduire ces fuites d’eau de manière significative, avec des objectifs de réduction atteints depuis 2014. Mais dans cette ville en déclin, les arbres urbains, eux, continuent de fleurir, nourris par un système défaillant, un paradoxe qui illustre la capacité de la nature à s’adapter dans un milieu urbain dégradé. Les érables de Montréal, qui continuent à croître malgré tout, deviennent ainsi des symboles de cette résilience inusitée : là où l’infrastructure humaine échoue, la nature reprend ses droits au cœur d’une ville vieillissante et en ruines.



