Alessia Simona Maratta et Dan Spector rapportent pour Global News (9 septembre 2025) le témoignage d’un entrepreneur québécois qui vit désormais au quotidien avec l’augmentation des passages irréguliers près de la frontière. L’histoire se déroule à Franklin, une petite municipalité au sud du Québec, où la proximité avec les États-Unis en fait un point de transit discret, mais de plus en plus fréquenté par des migrants.
Un phénomène devenu « routinier » pour les résidents
Trevor Livingstone, propriétaire de Livingstone Brewing, raconte à Global News que la vision de migrants se cachant dans les champs, interceptés par la GRC ou attendant un véhicule suspect pour les récupérer est devenue un fait banal. « C’est devenu une routine quotidienne en juin et juillet », confie-t-il, avant de préciser que la situation s’est un peu calmée en août. Il ajoute néanmoins que « cette année a été insensée, les passages n’ont pas arrêté ».
Franklin, qu’il aime présenter comme « la brasserie la plus au sud du Québec », a vu cet été défiler plus que des amateurs de bière. Plusieurs groupes de migrants, dont des femmes et des enfants, se sont retrouvés sur des terrains familiaux, parfois dans des conditions extrêmes. L’entrepreneur se souvient d’un soir d’hiver où un groupe de femmes a frappé à la fenêtre de ses proches par –20 degrés Celsius.
Après Roxham Road, de nouvelles routes plus risquées
Comme le rappellent Maratta et Spector, la fermeture de Roxham Road en 2023 n’a pas mis fin aux passages irréguliers, mais a contribué à les disperser. Les entrées se font désormais « partout », constate Livingstone, ce qui selon lui augmente les risques pour les migrants, faute de mécanisme officiel d’accueil.
Les habitants de Franklin sont témoins d’une présence accrue de la GRC, mais aussi de survols fréquents d’hélicoptères. Les routes locales sont régulièrement le théâtre d’interceptions, et les champs voient passer des groupes entiers en transit. Des photos et vidéos partagées à Global News montrent d’ailleurs des migrants marchant dans les bois depuis l’hiver dernier.
Entre compassion et inquiétude
Si la situation peut paraître envahissante pour les résidents, Livingstone insiste sur sa compréhension : « Je comprends que ces gens cherchent une vie meilleure », dit-il. Mais l’absence de structure d’accueil sécuritaire laisse selon lui tout le monde – migrants comme résidents – dans une zone grise.
Frantz André, porte-parole du Comité d’action pour les personnes sans statut, apporte un éclairage politique : plusieurs migrants, notamment haïtiens, craignent un durcissement de la politique américaine. Il évoque la figure de Donald Trump, qualifié « d’imprévisible », et rappelle que si la justice américaine a bloqué cet été la fin anticipée de certaines protections, celles-ci expirent en février prochain. Il s’attend donc à une recrudescence des passages à l’approche de l’hiver.
Des chiffres en forte hausse
Selon les informations relayées par Global News, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a enregistré près de 7 000 demandes d’asile au poste frontalier officiel de Lacolle entre juin et août 2025. C’est plus du triple du volume de l’année précédente à la même période.
Parallèlement, les passages irréguliers comportent des risques : en juillet, au moins une douzaine de migrants ont été blessés dans un accident de camionnette près de Hemmingford. Et en août, la GRC a intercepté à Stanstead un camion transportant 44 migrants, ce qui a mené à des accusations criminelles contre trois hommes.
Dans une déclaration envoyée à Global News, la GRC rappelle que la sécurité des frontières est une responsabilité partagée entre elle, l’ASFC et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), tant pour l’application des lois que pour le traitement des demandes d’asile.
Une pression appelée à durer
Ce reportage de Global News, signé par Alessia Simona Maratta et Dan Spector, illustre le déplacement des flux migratoires post-Roxham Road et l’absence de solutions durables. Si certains résidents comme Trevor Livingstone dénoncent une situation devenue « normale » mais inquiétante, d’autres acteurs craignent un durcissement encore plus marqué à l’approche de l’hiver et face à l’incertitude des politiques américaines.
La frontière sud du Québec, loin d’être apaisée, pourrait donc demeurer l’un des points chauds de la crise migratoire nord-américaine dans les prochains mois.



