Dans une analyse publiée dans le National Post, Kelly McParland dresse un constat sévère : après trois décennies de sommets internationaux, de discours alarmistes et de politiques contraignantes, la lutte climatique mondiale ne progresse pas comme promis. Les avertissements lancés par Catherine McKenna à l’approche de la COP30 résument bien l’état d’esprit dominant : températures record, feux de forêt dévastateurs, biodiversité en recul, engagements non tenus. Tout indique que la situation se détériore, malgré l’ampleur des efforts déployés depuis les années 1990.
Pourtant, une contradiction saute aux yeux. Si le problème s’aggrave, si les cibles internationales ne sont pas respectées, si les émissions continuent d’augmenter, comment affirmer que les stratégies actuelles fonctionnent? La répétition d’un même modèle depuis des décennies, sans résultat tangible, appelle un changement de cap. Les politiques conçues pour bousculer l’économie, imposer des contraintes industrielles et taxer massivement l’énergie n’ont pas réussi à provoquer la transformation annoncée.
C’est dans ce contexte qu’intervient l’accord conclu entre l’Alberta et Ottawa, un geste qui tranche avec les querelles souvent acrimonieuses de l’ère Trudeau. La première ministre Danielle Smith ne cache pas sa satisfaction, soutenant avoir obtenu la plupart des concessions recherchées, tandis que Mark Carney y voit une ouverture pragmatique plutôt qu’une trahison des objectifs climatiques. Leur entente marque la reconnaissance implicite que l’ancien modèle d’affrontement n’a ni réduit efficacement les émissions ni favorisé la croissance.
Cette évolution survient alors que l’opinion publique s’éloigne progressivement des discours d’urgence climatique. Une étude de l’Environics Institute montre que les inquiétudes liées au climat ont perdu du terrain face à des préoccupations plus pressantes comme le coût de la vie et l’abordabilité du logement. Cela se reflète dans la chute de la confiance envers les gouvernements, qui peinent depuis des années à atteindre leurs propres cibles. Aucun objectif majeur n’a été respecté depuis Kyoto, et les projections actuelles annoncent d’autres échecs à l’horizon 2030.
Parallèlement, les politiques visant le secteur énergétique risquent d’entraîner des pertes économiques importantes. Le Bureau du directeur parlementaire du budget estime que les restrictions sur la production pétrolière pourraient éliminer des dizaines de milliers d’emplois et priver le pays de milliards en croissance économique. La crise de crédibilité s’est accentuée lorsque le gouvernement fédéral a exempté le mazout de la taxe carbone, une décision perçue comme électoraliste.
Même les espoirs misés sur la révolution des véhicules électriques semblent s’essouffler. La production de masse demeure dominée par la Chine, frappée de tarifs prohibitifs en Occident, tandis que plusieurs projets industriels en Ontario et au Québec sont retardés ou annulés. L’accord avec l’Alberta, lui, n’est pas sans controverse : des Premières Nations de Colombie-Britannique s’y opposent, David Eby critique son absence de consultation, et des membres des partis de Carney et Smith dénoncent des concessions jugées excessives.
Une conclusion s’impose : si les politiques adoptées au cours des trente dernières années avaient été efficaces, la situation serait différente. Or, le climat se dégrade, l’économie s’essouffle, et la population décroche. Dans un tel contexte, une approche renouvelée n’a rien d’un pari hasardeux. Même si elle ne garantit pas un succès complet, elle pourrait réussir là où l’ancienne stratégie échouait sur toute la ligne.



