La crise du coût de la vie au Canada continuera en 2026, selon RBC

Depuis plusieurs années déjà, le Canada est engagé dans une crise du coût de la vie qui dépasse largement le simple épisode inflationniste post-pandémique. Or, alors que les autorités monétaires et financières multiplient les signaux rassurants sur le « ralentissement » de l’inflation, une question centrale demeure : pourquoi tant de ménages ont-ils toujours l’impression de s’appauvrir ? C’est précisément ce décalage entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité vécue que met en lumière un article récent du média indépendant Better Dwelling, intitulé Canadian Affordability Crisis To Continue Through 2026, publié le 6 janvier 2026.

S’appuyant sur les plus récentes perspectives de RBC Economics, l’article dresse un constat sans détour : même si l’inflation ralentit, la crise de l’abordabilité au Canada est loin d’être terminée. Elle est même appelée à se prolonger au moins jusqu’en 2026, avec des effets profondément inégalitaires selon les catégories de ménages.

Des salaires en hausse… mais insuffisants face aux dépenses essentielles

L’un des éléments centraux du diagnostic repose sur un paradoxe apparent. Selon les économistes de RBC cités par Better Dwelling, les salaires canadiens ont progressé d’environ 25 % depuis janvier 2020, soit davantage que l’indice des prix à la consommation (IPC), qui a augmenté d’environ 20 % sur la même période, données à l’appui provenant de Statistique Canada.

En surface, ces chiffres pourraient donner l’illusion d’un rattrapage réel du pouvoir d’achat. Mais cette lecture globale masque une réalité bien plus brutale : les postes de dépenses incontournables — le logement et l’alimentation — ont connu une hausse d’environ 30 % depuis 2020. Autrement dit, les revenus ont certes augmenté, mais pas là où cela compte réellement pour les ménages.

Comme le soulignent explicitement les économistes de RBC dans leurs perspectives 2026, cette dynamique pénalise particulièrement les ménages à faible revenu, qui consacrent une proportion beaucoup plus importante de leur budget à la nourriture et au loyer. Dans leur cas, l’inflation n’est pas un phénomène abstrait : elle se traduit par des arbitrages quotidiens de plus en plus serrés, voire par un recul concret du niveau de vie.

Une fracture sociale qui se creuse sous l’effet de la dette

L’article de Better Dwelling insiste également sur un autre angle souvent édulcoré dans le discours public : le rôle aggravant de l’endettement. Les ménages lourdement endettés, en particulier ceux ayant acheté une propriété au sommet du marché immobilier durant la pandémie, subissent ce que RBC qualifie implicitement de « triple choc ».

Ces acheteurs cumulent en effet trois désavantages majeurs : des prix d’achat historiquement élevés, des renouvellements hypothécaires à des taux nettement supérieurs, et un laps de temps trop court pour avoir significativement réduit le capital de leur dette. Pour eux, la normalisation monétaire ne représente pas un retour à l’équilibre, mais une source durable de stress financier.

À l’inverse, les ménages disposant d’actifs financiers — souvent plus âgés et mieux capitalisés — ont bénéficié de la remontée des taux d’intérêt. Comme le notent les économistes de RBC, la vigueur des marchés boursiers a amélioré le bilan de ceux qui possèdent des placements, sans offrir le moindre répit à ceux qui en sont dépourvus. « L’abordabilité n’est pas un récit universel », rappelle la banque, soulignant implicitement que la crise actuelle accentue les écarts patrimoniaux plutôt que de les résorber.

Ralentir l’inflation ne signifie pas réparer les dégâts

L’un des apports les plus lucides de l’analyse relayée par Better Dwelling tient dans cette mise en garde essentielle : un ralentissement de l’inflation ne constitue en rien une baisse des prix. Même si la croissance des prix devait continuer de se modérer en 2026, comme l’anticipe RBC, il s’agit toujours d’une augmentation cumulative qui s’ajoute aux chocs déjà encaissés depuis la pandémie.

Autrement dit, le fardeau créé par l’explosion des coûts du logement et de l’alimentation ne disparaît pas avec la fin de l’épisode inflationniste. Il se fige dans le système économique, devenant une nouvelle normalité pour les ménages les plus vulnérables, sans mécanisme réel de compensation ou de correction.

Une crise structurelle, pas un simple cycle conjoncturel

En filigrane, l’article de Better Dwelling met en évidence une réalité dérangeante : la crise de l’abordabilité au Canada ne peut plus être interprétée comme un simple accident conjoncturel lié à la pandémie. Elle s’inscrit désormais dans une dynamique structurelle, où les coûts essentiels augmentent plus vite que les revenus, où l’endettement devient un piège durable, et où les politiques de stabilisation monétaire produisent des gagnants et des perdants très clairement identifiés.

Dans ce contexte, la perspective d’une poursuite des pressions sur l’abordabilité jusqu’en 2026 n’a rien d’anecdotique. Elle suggère plutôt que le Canada est en train d’entrer dans une phase prolongée de stagnation sociale relative, où la croissance nominale masque mal l’érosion réelle des conditions de vie pour une part croissante de la population.

La question n’est donc plus de savoir si l’inflation ralentit, mais de déterminer qui, concrètement, peut encore se permettre de vivre décemment dans cette « nouvelle normalité ».

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