Le Canada doit investir davantage dans le soutien aux familles de militaires

Selon Stephanie Shapiro, directrice des opérations de la Together We Stand Military Families Foundation, écrit dans une tribune du National Post que le Canada ne parviendra pas à rebâtir ses Forces armées sans soutenir adéquatement les familles qui en sont l’épine dorsale. Dans son texte d’opinion, l’auteure rappelle que le gouvernement fédéral a certes promis une hausse historique de 84 milliards de dollars sur cinq ans pour la défense nationale, mais que cet argent risque d’être mal investi si l’on néglige le facteur humain.

Pour Shapiro, les problèmes de recrutement et de rétention au sein des Forces armées canadiennes (FAC) ne se régleront pas avec des hausses de salaires ou de nouveaux équipements militaires, mais avec une approche centrée sur la stabilité des familles de militaires. Les défis du mode de vie militaire — déménagements fréquents, accès restreint aux soins de santé, manque de places en garderie, difficultés de logement et d’emploi pour les conjoints — créent une précarité constante.

« Chaque transfert dans une autre province, explique-t-elle, signifie souvent la perte du médecin de famille, des mois d’attente pour une place en garderie et l’impossibilité pour le conjoint de trouver un emploi stable en raison des barrières professionnelles interprovinciales. » Ces obstacles répétés fragilisent les familles, provoquent du stress et sapent la préparation opérationnelle des troupes.

Le récent rapport du vérificateur général du Canada, rappelle Shapiro, a d’ailleurs confirmé l’état alarmant du parc immobilier militaire : logements délabrés, longues listes d’attente et conditions de vie indignes pour des familles censées servir la nation. Mais pour l’auteure, ces fissures matérielles ne sont qu’un symptôme d’un mal plus profond : « Derrière chaque membre des Forces se trouve une famille qui assume silencieusement le coût de ce service. Et beaucoup d’entre elles n’en peuvent plus. »

Elle souligne que près de la moitié des aides d’urgence versées par la fondation Together We Stand servent aujourd’hui… à acheter de la nourriture. Un indicateur, selon elle, d’une crise sociale au cœur même du système de défense canadien.

Pour redresser la situation, Stephanie Shapiro propose trois priorités :

  1. Reconnaître la résilience familiale comme pilier de la préparation opérationnelle. Les familles ne doivent plus être considérées comme un élément périphérique, mais comme un rouage essentiel de la politique de défense. Le Canada devrait comparer publiquement son soutien aux familles militaires à celui de ses alliés de l’OTAN.
  2. Moderniser les structures de vie militaire. Les politiques de logement, de santé, de garderie et d’emploi des conjoints doivent être harmonisées pour refléter les réalités d’aujourd’hui.
  3. Inclure les investissements humains dans les cibles de dépenses de l’OTAN. Selon la définition même de l’alliance, les coûts liés au personnel et aux services sociaux soutenant la défense peuvent être comptabilisés dans l’objectif des 2 % du PIB.

Elle invite le premier ministre Mark Carney et le ministre de la Défense David McGuinty à reconnaître que la souveraineté ne se défend pas uniquement avec des chars et des avions, mais avec des familles solides capables de soutenir ceux et celles qui servent.

Comme le conclut Stephanie Shapiro, « la défense du Canada repose autant sur les foyers que sur les bases militaires. Sans familles stables, aucun budget, aussi ambitieux soit-il, ne pourra maintenir les Forces prêtes à servir. »

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