Le Canada est le «ventre mou» de l’OTAN, selon un chercheur à l’Institut Macdonald-Laurier

Depuis plusieurs années, l’OTAN est confrontée à une multiplication de crises qui testent sa cohésion et sa crédibilité. De l’annexion de la Crimée en 2014 à la guerre ouverte contre l’Ukraine depuis 2022, la Russie a constamment cherché à repousser les limites de l’ordre international. En parallèle, les États-Unis oscillent entre engagement ferme et tentations isolationnistes, ce qui alimente les interrogations sur la solidité de l’Alliance. C’est dans ce contexte que Matthew J. Bondy, chercheur au Macdonald-Laurier Institute, publie dans Foreign Policy du 25 septembre 2025 une analyse incisive intitulée « Canada Is NATO’s Soft Underbelly », où il met en lumière la vulnérabilité canadienne dans l’Arctique.

Des incursions russes qui testent l’OTAN

Matthew J. Bondy rappelle dans Foreign Policy que la Russie a déjà utilisé de vastes exercices militaires pour masquer ses véritables intentions. L’exercice Zapad 2021, mené conjointement avec le Bélarus et mobilisant 200 000 soldats, avait servi de couverture à l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Cette année, lors des exercices Zapad 2025, des drones russes ont violé l’espace aérien polonais le 10 septembre, abattus par les forces néerlandaises et polonaises. Peu après, d’autres incursions ont été constatées en Roumanie et en Estonie.

L’Alliance a réagi avec fermeté : la Pologne a convoqué une réunion d’urgence au titre de l’article 4 du traité, et Washington – malgré les ambivalences du président Donald Trump sur la solidarité transatlantique – a promis de défendre « chaque centimètre » du territoire de l’OTAN. Pour Bondy, cette clarté est rassurante, mais elle s’applique surtout au flanc est de l’Alliance, où les troupes et infrastructures sont concentrées.

Le contraste canadien : un flanc exposé

La situation est bien différente dans l’Arctique canadien. Bondy souligne que si Moscou venait à tester l’OTAN dans les eaux frontalières du Canada, le terrain jouerait en sa faveur. La région est vaste, difficile à surveiller et déjà soumise à une militarisation russe accélérée : sous-marins nucléaires, missiles hypersoniques, flotte d’icebreakers sans équivalent, bombardiers stratégiques.

Selon les données du NORAD, rien qu’en 2024, douze interceptions ont été nécessaires pour contrer des avions russes approchant dangereusement l’espace aérien nord-américain. Et ce ne sont que les activités détectées par des radars vieillissants. Houston Cantwell, ancien brigadier-général de l’US Air Force, notait dans une étude du Mitchell Institute que le « North Warning System » canadien est incapable de détecter certains vecteurs modernes, laissant un vide dans le bouclier nord-américain.

Une modernisation encore trop lente

Bondy reconnaît que le gouvernement de Mark Carney semble décidé à réinvestir dans la défense avec une vigueur inédite depuis des générations. Un brise-glace arctique est en chantier avec la Finlande, et une nouvelle flotte de sous-marins est attendue dans les 7 à 10 prochaines années. Mais pour l’instant, le Canada reste « dramatiquement mal préparé » à repousser une incursion russe.

Des solutions existent à court terme, rappelle Bondy en citant l’analyste Abbas Qaidari dans Policy Options. Parmi elles : une flotte aérienne hybride avec surveillance multidomaine, des capteurs de fond marin, des drones sous-marins et des unités mobiles de missiles. Cantwell recommande également que le Canada et ses alliés se dotent d’avions de détection avancée E-7 Wedgetail, et qu’ils investissent dans une surveillance spatiale accrue de l’Arctique.

Le défi du « golden dome »

L’analyse replace aussi ces enjeux dans le cadre du projet américain de « Golden Dome », une nouvelle architecture de défense aérospatiale continentale voulue par l’administration Trump. Ottawa discute de sa participation pour éviter d’être marginalisé dans la prise de décisions qui affecteront directement sa sécurité nationale.

Bondy conclut que si l’engagement canadien en faveur de l’Ukraine et de la défense européenne est louable, il ne doit pas masquer des décennies de négligence domestique. Le Canada doit désormais consentir des investissements massifs et intelligents pour combler le gouffre stratégique qui subsiste au nord. Sans cela, l’OTAN restera vulnérable sur son flanc arctique, exposant l’Alliance à un adversaire russe plus audacieux que jamais.

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