Les Canadiens divisés face à l’idée de se battre pour leur pays

D’après un article d’Amna Ahmad publié dans le National Post le 13 juillet 2025

Alors que le Canada augmente ses dépenses militaires pour répondre à ses engagements envers l’OTAN, une récente enquête suggère que la volonté de servir dans l’armée demeure incertaine. Amna Ahmad rapporte dans le National Post que selon un sondage de l’Institut Angus Reid, seulement 49 % des Canadiens se disent prêts à se porter volontaires pour combattre si une guerre éclatait. Ce chiffre masque une réalité préoccupante : les jeunes adultes, pourtant la cible principale des efforts de recrutement, sont les moins enclins à s’engager.

Le sondage a révélé que 19 % des répondants accepteraient de se battre « si le pays le leur demandait », tandis que 30 % accepteraient uniquement s’ils adhèrent aux raisons du conflit. En revanche, 39 % ont déclaré ne pas vouloir se porter volontaires, et 12 % sont restés indécis. En 1985, 61 % des Canadiens étaient prêts à combattre pour leur pays, ce qui illustre une baisse notable du patriotisme militaire en quarante ans.

Shachi Kurl, présidente de l’Institut Angus Reid, explique que « la conversation autour de la préparation militaire, de la sécurité et de la défense est en train de prendre de l’ampleur ». Elle souligne que même si la volonté de dépenser pour la défense atteint un sommet historique, l’enjeu central demeure la capacité à recruter.

Depuis plusieurs années, les Forces armées canadiennes sont confrontées à une crise de recrutement, alimentée par des scandales de mauvaise conduite, un sous-financement chronique et une érosion de la fierté publique envers l’institution. En 2019, près de 80 % des Canadiens se disaient fiers de leur armée. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 52 %.

La réticence des jeunes à servir est particulièrement préoccupante. Parmi les hommes âgés de 18 à 34 ans, 45 % se disent prêts à combattre (21 % sans réserve et 24 % selon les raisons de la guerre), tandis que 36 % refusent catégoriquement. Chez les femmes du même groupe d’âge, l’engagement est encore plus bas : seulement 31 % se déclarent prêtes à se battre, contre 58 % qui s’y opposent.

En comparaison, les hommes de plus de 54 ans affichent une volonté nettement plus élevée de servir, avec 69 % favorables à un engagement, bien que leur utilité soit limitée par la limite d’âge de 60 ans pour le service actif.

Le sondage a également révélé des divergences selon les allégeances politiques. Près de 60 % des électeurs conservateurs affirment être prêts à combattre, contre un peu plus de 40 % chez les libéraux. Les partisans du NPD (54 %) et du Bloc québécois (52 %) sont majoritairement réfractaires à toute participation militaire.

Shachi Kurl souligne que « ceux qui sont les plus disposés à servir sont souvent des hommes plus âgés et conservateurs », un profil démographique qui ne correspond pas aux cibles de recrutement actuelles des Forces armées canadiennes. Elle rappelle enfin que, malgré les investissements technologiques dans la défense, « nous n’avons pas encore d’armée de robots », soulignant l’importance du facteur humain dans toute stratégie militaire.

Le sondage national a été mené en ligne du 2 au 23 juin auprès de 1 619 Canadiens membres du Forum Angus Reid. Bien que les sondages en ligne n’aient pas de marge d’erreur classique, un échantillon de cette taille aurait une marge d’erreur de ±2 %, 19 fois sur 20, dans un cadre probabiliste.

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