Dans un texte publié par le Los Angeles Times, Lisa Britton, contributrice invitée et militante pour les droits des garçons, des hommes et des pères, revient sur une question qui l’a marquée lorsqu’elle défendait auparavant les causes féminines au Sénat américain. Un membre du personnel lui avait demandé : « Avez-vous envisagé d’aider les garçons ? Ils ont vraiment besoin de notre aide maintenant. » Lisa Britton explique que cette remarque l’a d’abord déstabilisée, mais qu’en se plongeant dans les recherches, elle a découvert une crise réelle et largement ignorée : celle qui touche aujourd’hui les garçons et les hommes.
L’auteure rappelle que les femmes ont durement gagné leurs libertés et percé des barrières sociales, ce qui mérite d’être célébré. Toutefois, ajoute-t-elle, les garçons et les hommes traversent à leur tour une série de crises qui méritent autant d’attention et de compassion. Elle cite notamment l’initiative du gouverneur Gavin Newsom, qui a récemment signé un décret visant à contrer l’isolement social et le taux alarmant de suicide chez les jeunes hommes.
Lisa Britton note que, selon un rapport du Brookings Institute, les parents — qu’ils soient libéraux ou conservateurs — se disent plus inquiets pour l’avenir de leurs fils que pour celui de leurs filles. Mais elle observe un paradoxe : lorsqu’il s’agit d’enfants en général, les conservateurs expriment plus de souci pour les garçons, tandis que les libéraux se montrent davantage préoccupés par les filles. Selon elle, ce « point aveugle » contribue à maintenir l’idée que les garçons ne souffrent pas d’un biais systémique, alors que les données montrent le contraire.
En matière d’éducation, la tendance s’est inversée en soixante ans. Alors qu’autrefois l’écart de réussite scolaire favorisait les garçons, il penche désormais nettement en faveur des filles. Aux États-Unis, près de 60 % des étudiants inscrits à l’université sont des femmes. Les femmes obtiennent aujourd’hui la majorité des diplômes à tous les niveaux — du certificat collégial au doctorat — sans que cela suscite une campagne nationale pour rééquilibrer la situation.
Pour Lisa Britton, le problème n’est pas « ce qui cloche chez les garçons », mais plutôt un système éducatif qui ne leur correspond pas toujours. Elle estime que beaucoup de garçons s’épanouissent mieux dans des environnements dynamiques, pratiques et flexibles — caractéristiques que l’école actuelle ne valorise pas suffisamment.
La crise ne se limite pas à l’éducation. Elle touche aussi la santé mentale et physique des hommes adultes. Lisa Britton rappelle que les hommes sont quatre fois plus susceptibles de mourir par suicide que les femmes et qu’ils représentent 71 % des surdoses mortelles. Les récits culturels dominants, qui accusent la « masculinité toxique » ou le refus des hommes de s’ouvrir, minimisent selon elle les causes systémiques de cette détresse.
Sur le plan médical, l’auteure souligne une inégalité flagrante : les États-Unis disposent de huit bureaux fédéraux consacrés à la santé des femmes, mais d’aucun dédié spécifiquement à la santé des hommes, alors même que ceux-ci ont de moins bons indicateurs de longévité et de morbidité.
Lisa Britton insiste sur le fait que ces difficultés sont interconnectées : éducation, santé mentale, santé physique, justice familiale et représentations sociales. Elles découlent de changements culturels et technologiques qui ont frappé plus durement les garçons et les hommes. Pour y répondre, elle appelle à un leadership politique capable de dépasser les clivages partisans et de réclamer une réallocation équitable des ressources.
Son appel se veut clair : il est temps de reconstruire un système éducatif qui soutienne tous les élèves, un réseau de soins qui reconnaisse les besoins spécifiques des hommes et une culture qui cesse de les culpabiliser. Selon elle, le futur n’est pas féminin, mais collectif : « Le futur, c’est tout le monde. »



