Dans un reportage de la BBC signé par la journaliste Nadine Yousif, expose les préoccupations du sénateur canadien Jim Quinn face au statut de Machias Seal Island. Ce lopin de terre inhabité, isolé dans la zone grise maritime entre le Maine et le Nouveau-Brunswick, demeure la seule parcelle de territoire officiellement contestée entre le Canada et les États-Unis.
Nadine Yousif rappelle que Machias Seal Island est dominée par un phare construit en 1832 par les autorités canadiennes et toujours occupé par des membres de la Garde côtière. Hormis ces gardiens, l’île n’abrite aucune population humaine permanente, mais s’impose comme un sanctuaire d’oiseaux migrateurs. Ottawa la décrit comme l’une des colonies de nidification les plus importantes pour les oiseaux marins, et elle accueille notamment l’une des colonies de macareux les plus méridionales de l’Atlantique nord.
Le cœur du nouvel épisode politique repose sur une initiative de Jim Quinn, sénateur du Nouveau-Brunswick, qui dénonce la façon dont un groupe américain, Bold Coast Charter Company, présente l’île sur son site web. Selon lui, qualifier Machias Seal Island de portion de la « Maine Coast » revient à ignorer les droits canadiens et contribue à entretenir une confusion géopolitique nuisible. Le sénateur demande donc à Ottawa de réévaluer la délivrance de permis permettant à cet opérateur d’organiser des excursions vers l’île, et de revoir sa mention sur un site gouvernemental canadien.
L’autrice mentionne que le gouvernement canadien autorise deux entreprises touristiques à accéder à l’île : SeaWatch Tours, basée au Canada, et Bold Coast, située aux États-Unis. Cette dernière affirme que ses activités sont approuvées par le U.S. Fish and Wildlife Service et reconnaît que la souveraineté de l’île est disputée depuis longtemps. De son côté, Washington considère toujours Machias Seal Island comme une portion de son territoire.
Dans ses questions destinées à être débattues au Sénat, Jim Quinn presse le ministère des Pêches et des Océans d’expliquer pourquoi un groupe américain pouvant donner l’impression de revendiquer l’île reçoit un permis canadien. Il interroge également la logique de lui accorder une visibilité officielle alors que le Canada affirme, de son côté, que l’île relève du Nouveau-Brunswick.
Nadine Yousif souligne aussi que si la terre elle-même fait l’objet du seul différend frontalier terrestre entre les deux pays, une décision d’un tribunal international en 1984 a toutefois permis un accès partagé aux zones de pêche environnantes. La cohabitation n’en demeure pas moins complexe. Les tensions se manifestent notamment dans la pêcherie de homard, où Washington accuse fréquemment Ottawa de mesures commerciales injustes.
L’autrice met ce regain de tensions en contexte avec la détérioration plus large des relations bilatérales, marquées par les tarifs douaniers imposés par Donald Trump pour stimuler l’investissement américain, ainsi que par ses sorties publiques qualifiant parfois le Canada de « 51e État ». Selon Jim Quinn, ces déclarations et ce climat général exigent une posture plus ferme du Canada sur sa souveraineté territoriale.
Le sénateur estime que laisser planer une ambiguïté sur un point aussi symbolique constitue une faiblesse. Il affirme que le Canada est déjà mis à l’épreuve sur plusieurs fronts par son voisin du sud, et que ce différend apparemment mineur ne doit plus être négligé. Pour lui, obtenir de l’opérateur américain Bold Coast une reconnaissance explicite de la souveraineté canadienne sur l’île serait un premier geste concret.



