Pékin amorce un assouplissement limité de ses règles d’exportation des terres rares

Alors que la rivalité commerciale entre la Chine et les États-Unis connaît un nouveau chapitre, Pékin semble vouloir donner quelques gages d’ouverture sans pour autant céder aux attentes américaines. Les terres rares, ressources stratégiques au cœur des technologies modernes, continuent de servir d’arme géoéconomique pour la Chine, qui contrôle plus de 90 % de la production mondiale de métaux et d’aimants raffinés utilisés dans les véhicules électriques, les éoliennes, les systèmes de guidage et les armements.

Un cadre d’exportation assoupli, mais pas levé

Un article de Reuters, publié le 7 novembre 2025, rapporte que la Chine a commencé à élaborer un nouveau régime de licences pour l’exportation de terres rares, censé accélérer les expéditions sans pour autant constituer un véritable recul des restrictions imposées plus tôt cette année. Selon deux sources citées par l’agence, le ministère chinois du Commerce aurait informé certaines entreprises exportatrices qu’elles pourraient bientôt demander des permis plus simples, valables pour une durée d’un an, et permettant probablement des volumes d’exportation plus élevés.

Ces nouveaux permis exigeraient toutefois davantage de documentation de la part des clients étrangers, et leur mise en œuvre pourrait prendre encore plusieurs mois. Pékin n’a d’ailleurs toujours pas communiqué publiquement sur la levée des contrôles introduits en avril, qui avaient bouleversé les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Entre gestes symboliques et stratégie de puissance

L’article de Reuters rappelle que les restrictions chinoises d’avril 2025 avaient contraint les exportateurs à demander une autorisation pour chaque cargaison, provoquant des pénuries dès le mois de mai et un ralentissement temporaire dans certaines branches de l’industrie automobile. Depuis, environ 2 000 demandes ont été déposées par des entreprises de l’Union européenne, mais à peine la moitié auraient été approuvées, selon les données relayées par l’agence.

À la suite de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping lors du sommet de l’APEC à Busan, la Chine avait annoncé une suspension temporaire d’un an de certaines restrictions instaurées en octobre. La Maison-Blanche s’était alors félicitée de cette avancée, la présentant comme une levée de facto des contrôles à l’exportation. Mais les sources citées par Reuters nuancent cette lecture : il ne s’agirait pas d’une suppression des règles, mais d’un ajustement administratif visant à fluidifier les échanges sans renoncer au contrôle stratégique du secteur.

Des licences encore limitées pour les secteurs sensibles

Les licences générales envisagées par Pékin devraient rester inaccessibles aux clients liés à la défense ou à d’autres secteurs jugés sensibles, selon les informations recueillies par Reuters. Certaines entreprises chinoises n’auraient d’ailleurs pas encore été informées du changement. Les discussions demeurent hautement confidentielles, et tous les interlocuteurs de l’agence ont requis l’anonymat en raison de la sensibilité géopolitique du dossier.

Le ministère chinois du Commerce n’a pas répondu aux questions de Reuters sur la nature exacte du nouveau régime de licences. Les acteurs du marché espèrent obtenir davantage de clarté d’ici la fin de l’année, mais aucun calendrier précis n’a été confirmé.

Un levier géoéconomique intact

Même partiel, cet ajustement confirme que Pékin ne compte pas abandonner son levier stratégique sur les terres rares, un secteur où la Chine conserve un quasi-monopole mondial. En avril, les restrictions avaient été élargies aux alliages magnétiques, aux composés intermédiaires et aux métaux semi-traités, compliquant la tâche des fabricants occidentaux.

Pour Washington, qui cherche à sécuriser sa propre chaîne d’approvisionnement à travers des partenariats avec l’Australie, le Canada et l’Afrique, le maintien d’un contrôle chinois fort sur le marché reste un obstacle majeur à son autonomie industrielle. L’assouplissement annoncé constitue donc davantage un geste diplomatique — dans le sillage de la détente post-APEC — qu’une concession structurelle.

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