D’après un article de Sharon Kirkey publié dans le National Post le 15 juillet 2025
La psychochirurgie fait son retour — mais loin des pratiques brutales des années 1940. Fini les pics à glace insérés derrière l’œil, les opérations aveugles et sanglantes. Sharon Kirkey explique que les nouvelles technologies comme l’ultrason focalisé guidé par IRM permettent d’agir directement sur les circuits cérébraux impliqués dans des troubles psychiatriques graves, sans ouvrir le crâne ni sectionner de tissus visibles.
Cette avancée a offert un nouveau départ à des patients comme Anya, qui souffrait d’un trouble obsessionnel-compulsif (TOC) sévère et résistant aux traitements. Après avoir tout essayé — médicaments, thérapies intensives, combinaisons d’antidépresseurs et d’antipsychotiques —, elle s’est tournée vers une intervention expérimentale. Les chirurgiens ont utilisé un casque doté de plus de 1 000 transducteurs à ultrasons pour cibler et chauffer des zones précises de son cerveau, créant des lésions microscopiques et permanentes dans une région appelée capsule interne antérieure (ALIC), en lien avec les circuits de l’anxiété.
Cette intervention n’est pas un remède miracle, mais elle a réduit de façon notable les symptômes chez environ la moitié des patients atteints de TOC dans les études préliminaires. Sharon Kirkey rapporte qu’Anya, autrefois accablée par une « radio mentale » incessante d’airs musicaux intrusifs, a vu ces symptômes s’atténuer lentement après la procédure. Elle a repris ses études, s’est mariée et célèbre désormais la date de son opération comme une « seconde naissance ».
Le Dr Nir Lipsman, neurochirurgien à Toronto, insiste : il ne s’agit pas de réduire la dépression ou le TOC à un simple circuit neuronal. Il reconnaît les blessures du passé infligées par les lobotomies et milite pour une approche rigoureuse, éthique, informée. Comme le souligne Sharon Kirkey, contrairement aux pratiques du tristement célèbre Dr Walter Freeman, la psychochirurgie actuelle est millimétrée, stérile, contrôlée et centrée sur le consentement éclairé du patient.
Kirkey retrace aussi l’histoire sombre de la lobotomie : des dizaines de milliers de patients, souvent des femmes jugées « gênantes », ont subi des interventions irréversibles, souvent avec des résultats désastreux. La lobotomie promettait la tranquillité, mais détruisait personnalité, autonomie et parfois la vie même.
Aujourd’hui, des dispositifs comme le casque à ultrasons, utilisés sous IRM, permettent de cibler avec une extrême précision des régions profondes du cerveau, sans incision. Le gouvernement de l’Ontario envisage de financer cette technologie pour des cas graves de TOC, et une dizaine de patients ont été traités à Calgary dans le cadre d’un programme mené par la psychiatre Beverly Adams et la neurochirurgienne Zelma Kiss.
Mais cette nouvelle frontière thérapeutique pose des défis éthiques. Judy Illes, neuroéthicienne à l’Université de Colombie-Britannique, avertit : même si l’intervention est « non chirurgicale », elle reste invasive car elle détruit du tissu cérébral de façon irréversible. La promesse de soulagement ne doit pas faire oublier les risques ou conduire à exploiter la détresse des patients.
En conclusion, Kirkey explique que la psychochirurgie moderne n’est pas une panacée, mais peut représenter un ultime espoir pour ceux que la psychiatrie conventionnelle a laissés de côté. Pour Anya, ce fut le cas : « Je célèbre cette date comme mon deuxième anniversaire. »


