Alors que le gouvernement fédéral tente de relancer son vaste programme de rachat des armes à feu prohibées, la coopération policière — pourtant essentielle à sa mise en œuvre — demeure fragmentaire. À Toronto, le plus important corps policier municipal du pays a clairement indiqué qu’il ne participerait pas, pour l’instant, à l’opération.
Selon Miriam Katawazi pour CP24, le Toronto Police Service (TPS) a confirmé mardi qu’il ne prêterait pas main-forte au programme fédéral de rachat des armes dites « d’assaut », lancé officiellement cette semaine par Ottawa.
Une fin de non-recevoir opérationnelle
Dans une déclaration transmise à CTV News Toronto et rapportée par Miriam Katawazi (CP24), le TPS explique avoir demandé davantage d’informations au gouvernement fédéral avant d’envisager une quelconque participation. En l’état actuel, affirme le corps policier, aucun plan « opérationnellement viable » ne lui a été présenté.
La police torontoise insiste plutôt sur ses priorités immédiates en matière de sécurité publique : la lutte contre la criminalité armée et, en particulier, contre les armes illégales introduites au Canada en provenance des États-Unis. « Nous devons concentrer nos efforts là où ils ont le plus d’impact en matière de sécurité publique », précise le communiqué du TPS cité par CP24.
Le service de police assure néanmoins vouloir continuer à collaborer avec les différents paliers de gouvernement, à condition que les mesures proposées démontrent des résultats concrets.
Un programme fédéral toujours contesté
Tel que le rappelle Miriam Katawazi pour CP24, le programme fédéral de rachat — officiellement nommé Assault-Style Firearms Compensation Program — a été lancé lundi. Les propriétaires d’armes prohibées disposent jusqu’à la fin du mois de mars pour signaler leur intention de participer et obtenir une compensation financière en échange de la remise ou de la neutralisation permanente de leur arme.
Depuis mai 2020, Ottawa a interdit environ 2 500 modèles et variantes d’armes à feu, incluant notamment le fusil AR-15, soutenant qu’il s’agit d’armes conçues pour le combat militaire. Selon un porte-parole du ministre de la Sécurité publique Gary Anandasangaree, cité par CP24, les armes visées doivent être éliminées ou rendues inopérantes avant la fin de la période d’amnistie, fixée au 30 octobre.
Le gouvernement rappelle que, même si la compensation financière est volontaire, le respect de la loi, lui, ne l’est pas.
Une participation policière très inégale
À ce stade, seuls le gouvernement du Québec ainsi que les corps policiers de Winnipeg, Halifax et Cape Breton ont conclu des ententes formelles avec Ottawa pour appuyer le programme, rapporte CP24. Ailleurs au pays, le fédéral prévoit recourir à des unités mobiles de collecte afin de récupérer les armes.
Dans une déclaration relayée par Miriam Katawazi, le cabinet du ministre soutient que « les Canadiens s’attendent à ce que leurs gouvernements et leurs forces policières travaillent de concert pour assurer la sécurité des communautés », ajoutant que plusieurs accords de contribution seraient toujours en négociation.
Le cas ontarien : double refus
En Ontario, la situation est particulièrement délicate. Le gouvernement de Doug Ford a déjà refusé d’appuyer officiellement le programme fédéral. De son côté, la Ontario Provincial Police, qui exerce sa juridiction sur environ le quart du territoire ontarien, a également décliné toute participation, comme le souligne CP24.
Ce double refus complique sérieusement la logistique du programme dans la province la plus peuplée du pays, et pose la question de son efficacité réelle sans l’appui des forces policières locales.
Des coûts élevés, des résultats débattus
Toujours selon les informations rapportées par CP24, Ottawa a réservé près de 250 millions de dollars pour indemniser les propriétaires d’armes qui se conformeront au programme. Le gouvernement estime que cette enveloppe permettrait de compenser environ 136 000 armes à feu.
Les propriétaires qui choisissent de ne pas participer au rachat peuvent néanmoins se conformer à la loi autrement : neutraliser leur arme à leurs frais par un armurier certifié, la remettre à la police sans compensation ou encore l’exporter s’ils détiennent un permis valide.
Le ministère de la Sécurité publique affirme avoir déjà récupéré plus de 12 000 armes prohibées à l’échelle nationale, un chiffre cité par CP24, mais qui ne dissipe pas les critiques persistantes sur le coût, l’application et l’impact réel du programme sur la criminalité armée.
Un programme à l’épreuve du réel
Le refus du Service de police de Toronto, tel que rapporté par Miriam Katawazi pour CP24, illustre un malaise plus large : sans l’adhésion active des forces policières locales, le rachat fédéral risque de demeurer un exercice essentiellement administratif, déconnecté des dynamiques réelles de la violence armée. À mesure que l’échéance de l’amnistie approche, la question n’est plus seulement juridique ou budgétaire, mais profondément opérationnelle.



