Sondage Ipsos : une faible majorité de Canadiens appuie un accroissement des échanges avec la Chine

À l’heure où le Canada cherche de nouveaux débouchés face à l’imprévisibilité américaine, un sondage Ipsos révèle un changement d’humeur notable dans l’opinion publique. Une majorité relative (54 %) se dit désormais favorable à un accroissement des échanges commerciaux avec la Chine — un virage comparé à 2020, quand près de huit Canadiens sur dix voulaient réduire la dépendance envers Pékin.

Ce basculement ne ressemble pas à une soudaine réconciliation avec le régime chinois. Il traduit plutôt une peur très concrète : celle de se retrouver trop vulnérables à la guerre commerciale et aux menaces tarifaires de Donald Trump. D’ailleurs, le soutien mesuré observé dans le sondage est souvent décrit comme « utilitaire » : pas une histoire d’amour, une stratégie de survie.

C’est dans ce contexte que Mark Carney s’apprête à effectuer une visite officielle en Chine, la première d’un premier ministre canadien depuis 2017. Ottawa parle d’un « reset » et d’une relation plus « stratégique », où l’on chercherait à multiplier les échanges (énergie, agriculture, commerce) tout en gardant des « garde-fous » sur la sécurité nationale.

Au milieu de ce débat, Global News a présenté les résultats du sondage Ipsos dans un reportage de Sean Boynton, en soulignant que le retour d’appétit pour le commerce avec la Chine est moins un vote de confiance envers Pékin qu’un réflexe de diversification face aux États-Unis.

Les cicatrices des dernières années restent pourtant bien visibles : l’affaire Meng Wanzhou, la détention de Michael Kovrig et Michael Spavor, puis l’escalade tarifaire entre Ottawa et Pékin. Aujourd’hui encore, les représailles chinoises frappent des secteurs sensibles, notamment l’agriculture, pendant qu’Ottawa maintient des tarifs sévères sur les véhicules électriques chinois, ainsi que sur l’acier et l’aluminium.

Le sondage révèle aussi une hiérarchie des priorités qui en dit long sur l’époque : l’économie domine. Pour une forte majorité, ce qui compte d’abord, ce sont des retombées concrètes sur le coût de la vie et les opportunités pour les entreprises canadiennes. Les droits de la personne, l’environnement, la sécurité nationale et les « valeurs partagées » arrivent loin derrière — au point où la logique « values-based trade » ne convainc qu’une minorité.

Ce pragmatisme, toutefois, inquiète plusieurs observateurs : intensifier les échanges avec la Chine exige des pare-feu plus solides qu’un simple slogan. Protéger l’industrie automobile, éviter le transfert de technologies sensibles, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et limiter les risques d’ingérence — tout cela coûte cher, politiquement et administrativement.

En clair : une partie du public veut plus de commerce, mais pas au prix de se faire avoir. Le problème, c’est que la Chine, elle, négocie rarement « à l’aveugle » — et le Canada devra prouver qu’il sait défendre ses intérêts sans se retrouver coincé entre Pékin et Washington.

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