Tom Mulcair sonne l’alarme : « Le NPD risque de sombrer dans l’oubli »

D’après un article de Tom Mulcair publié sur CTV News le 22 juillet 2025

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) traverse l’une des plus sombres périodes de son histoire. Après avoir obtenu un maigre 6 % du vote lors des élections fédérales d’avril dernier, le parti se retrouve avec seulement sept députés à la Chambre des communes. C’est, selon Tom Mulcair, ancien chef du NPD et auteur de l’article publié sur CTV News, « la pire défaite de son histoire ». Et pourtant, une opportunité se profile à l’horizon : la course à la direction du parti, qui pourrait servir de tremplin vers un renouveau ou, au contraire, sceller son déclin.

Un pacte toxique avec les libéraux

Tom Mulcair affirme que le principal facteur ayant précipité la chute du NPD est l’accord de soutien et de confiance signé avec les libéraux de Justin Trudeau. Ce partenariat, qui a permis de concrétiser des promesses comme les soins dentaires et une ébauche d’assurance-médicaments, a eu un coût politique énorme. « Quel argument restait-il pour convaincre les électeurs de ne pas voter libéral, alors que les députés néo-démocrates eux-mêmes votaient comme les libéraux depuis trois ans ? » s’interroge Mulcair.

Une politique étrangère vacillante

L’auteur souligne également un autre écueil : l’orientation hasardeuse du parti sur la question israélo-palestinienne. Il rappelle que sous Jack Layton, le NPD avait une position équilibrée sur le sujet. Layton tenait à rappeler que les députés pouvaient avoir des opinions personnelles, mais que la politique du parti devait rester cohérente. Or, Mulcair note qu’avec Jagmeet Singh, certains députés ont multiplié les déclarations unilatéralement critiques envers Israël, brouillant le message du parti.

Il cite notamment Heather McPherson, porte-parole du NPD en matière d’affaires étrangères, qui figure parmi les aspirants à la direction. Ses prises de position de plus en plus tranchées pourraient bien séduire certains militants, mais risquent d’aliéner une large part de l’électorat canadien, qui attend d’un parti politique une voix claire, équilibrée et prévisible sur les questions internationales.

Une diversité menacée d’être façade

La gestion interne du parti pose aussi question. Trois des sept députés néo-démocrates – les seules femmes racisées du caucus – ont signé une lettre dénonçant le manque de consultation dans le choix du chef intérimaire. Pour Mulcair, ce genre de dissension interne mine la crédibilité du parti, d’autant plus qu’il compromet une des rares forces qui lui restent : son image d’inclusivité.

Une impasse linguistique potentiellement fatale

Autre point critique soulevé par l’auteur : la question du bilinguisme. Mulcair insiste sur l’importance de pouvoir s’adresser efficacement aux francophones du Canada, et tout particulièrement aux Québécois. Parmi les prétendants à la direction, seul l’ancien député fédéral et ministre provincial de la Colombie-Britannique, Nathan Cullen, serait pleinement bilingue. « Si, lors des débats en français du parti, certains candidats ne peuvent même pas participer, ils sont cuits », écrit-il. Il ajoute que l’électorat canadien dans son ensemble exige désormais un chef capable de s’exprimer dans les deux langues officielles.

Une organisation à réformer en profondeur

La course à la direction, qui culminera au plus tard le 29 mars 2026 à Winnipeg, pourrait être déterminante. Mais déjà, le fait que le parti n’ait pu annoncer de date fixe et ne possède toujours pas de règles officielles pour la course montre un niveau d’impréparation préoccupant. Selon Mulcair, cette longue période avant la campagne officielle favorisera les candidats déjà bien installés dans des postes rémunérés, comme les députés en exercice, accentuant les inégalités internes.

L’occasion d’un tournant historique

Dans une analyse lucide, Tom Mulcair souligne que les défis ne manquent pas. Il évoque la situation économique chaotique laissée par Justin Trudeau à son successeur Mark Carney, qui pourrait ouvrir un espace politique pour un NPD crédible et sérieux. Mais encore faut-il que le parti adopte une posture professionnelle, capable de parler à tous les Canadiens, et pas seulement à ses franges militantes.

« Ce pourrait être un nouveau départ… ou le rideau final », conclut Mulcair, dans une formule aussi tranchante que lucide. Le NPD est à la croisée des chemins. Reste à voir s’il choisira la voie de la reconstruction pragmatique, ou s’il continuera à dériver, otage de ses contradictions internes.

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