Un homme reconnu coupable de terrorisme, toujours animé par une idéologie extrémiste, s’apprête à retrouver la liberté. L’affaire soulève une double inquiétude majeure : celle de la persistance de la menace islamiste au Canada, mais aussi celle d’un système judiciaire qui, malgré des signaux d’alarme évidents, se voit contraint de relâcher des individus jugés dangereux.
Une libération imposée malgré un risque reconnu
Dans un article publié le 21 avril 2026, Stewart Bell rapporte pour Global News que Ashton Larmond, un recruteur de l’État islamique arrêté en 2015, sera remis en liberté après avoir purgé les deux tiers de sa peine.
Cette libération n’est pas le fruit d’une réhabilitation convaincante, mais bien d’une obligation légale. Comme le souligne la décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, l’individu demeure radicalisé. Les autorités écrivent noir sur blanc qu’il « continue de détenir des convictions extrémistes », ce qui constitue un obstacle majeur à toute gestion du risque.
Autrement dit, le système reconnaît explicitement la dangerosité persistante du détenu — tout en procédant à sa remise en liberté.
Une violence toujours présente
Loin d’indiquer un processus de déradicalisation réussi, le comportement récent de Larmond en détention vient renforcer les inquiétudes. Toujours selon Stewart Bell, il a agressé violemment un autre détenu en mars dernier, lui fracturant le nez.
La Commission note à cet effet qu’il demeure « à l’aise avec l’usage d’une violence instrumentale ». Cette formule n’est pas anodine : elle suggère une capacité à utiliser la violence de manière calculée, ce qui est précisément l’un des traits associés aux profils terroristes.
Malgré cela, la loi impose sa libération sous conditions.
Un encadrement serré… mais suffisant?
Pour tenter de limiter les risques, plusieurs conditions strictes ont été imposées. Larmond devra notamment : résider dans un établissement supervisé ou psychiatrique ; suivre un programme de traitement ; voir ses communications et finances surveillées ; éviter tout contact avec des individus liés à des activités criminelles.
Mais ces mesures soulèvent une question fondamentale : peut-on réellement encadrer efficacement un individu dont l’idéologie demeure intacte?
La Commission elle-même admet que sans ces conditions, il représenterait un « risque indu pour la société ». Ce constat, en creux, révèle l’impuissance partielle du système.
Le spectre persistant de l’État islamique
Le cas Larmond ne survient pas dans un vide sécuritaire. Bien au contraire.
Le Service canadien du renseignement de sécurité indique dans son plus récent rapport que l’organisation État islamique demeure une menace active, notamment en raison de sa capacité à inspirer des individus en Occident.
Selon le SCRS, le risque d’attaques inspirées ou dirigées depuis l’étranger est en hausse, en particulier avec une stratégie renouvelée de recrutement chez les jeunes.
Dans ce contexte, la remise en liberté d’individus non déradicalisés apparaît d’autant plus préoccupante.
Un problème systémique : radicalisation et fin de peine
L’affaire met également en lumière un problème plus large : plusieurs individus condamnés pour terrorisme arrivent aujourd’hui à la fin de leur peine sans avoir abandonné leurs convictions.
Le cas de Said Namouh, mentionné dans le reportage de Global News, est révélateur. Détenu depuis 2007, il ne montre « aucun signe de déradicalisation », selon la Commission — mais contrairement à Larmond, sa libération a été refusée.
La différence? Larmond a atteint le seuil légal de libération statutaire, qui limite la marge de manœuvre des autorités.
On se retrouve donc face à une contradiction structurelle : un système qui reconnaît le danger, mais qui doit malgré tout relâcher certains individus.
Justice, idéologie et sécurité publique
Au-delà du cas individuel, cette affaire pose une question politique et juridique fondamentale : le droit canadien est-il adapté à la réalité du terrorisme contemporain?
Les peines fixes et les mécanismes automatiques de libération ont été conçus dans un cadre criminel classique. Or, le terrorisme islamiste repose sur une dimension idéologique profonde, souvent imperméable aux mécanismes traditionnels de réhabilitation.
Peut-on traiter un recruteur de groupe terroriste comme un délinquant ordinaire?
Rien n’est moins sûr.
Une tension appelée à s’intensifier
Alors que les services de renseignement signalent une recrudescence des activités liées à l’État islamique, la sortie progressive de détenus radicalisés pourrait devenir un enjeu de sécurité nationale de premier plan.
Le cas de Larmond, tel que rapporté par Stewart Bell, n’est peut-être que le premier d’une série.
Entre impératifs juridiques, droits fondamentaux et sécurité collective, le Canada se retrouve confronté à un dilemme de plus en plus difficile à ignorer.



