Un sentiment d’insécurité croissant : les Canadiens jugent leur pays plus dangereux qu’il y a cinq ans

Christopher Nardi rapporte dans le National Post (27 août 2025) qu’un sondage réalisé pour le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS/CSIS) montre une évolution préoccupante de la perception publique : près de six Canadiens sur dix estiment aujourd’hui que le pays est plus dangereux qu’il ne l’était il y a cinq ans. À peine 3 % pensent au contraire que le Canada est devenu plus sûr.

Un virage dans la perception publique

Selon le sondage EKOS, effectué en janvier 2025 pour le SCRS et publié récemment en ligne, la proportion de Canadiens qui considèrent leur environnement national plus dangereux a plus que doublé depuis 2021, dernière fois où la question avait été posée. Christopher Nardi souligne que cette rupture de perception coïncide avec une série d’événements marquants : l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’assassinat d’un Canadien sikh lié à l’Inde, et la multiplication des révélations sur l’ingérence étrangère.

Le rapport précise que les causes citées par les répondants rejoignent le mandat même de l’agence de renseignement : terrorisme motivé par la religion, conflits internationaux, répression transnationale et interférences étrangères.

Confiance en baisse envers le SCRS

Le sondage présente une apparente contradiction. D’un côté, comme le rapporte Nardi, 77 % des Canadiens jugent la mission du SCRS « très importante » et la connaissance publique de son rôle a progressé. Trois quarts des répondants disent avoir confiance en sa capacité de protéger le pays contre les menaces de sécurité nationale.

De l’autre, cette confiance connaît un recul notable : elle a chuté de dix points par rapport à 2021. Le rapport cité par le National Post souligne : « Malgré une hausse de la perception de l’importance du SRCS, on observe une diminution de la confiance dans sa capacité à protéger les Canadiens. »

Un doute persiste aussi sur l’indépendance de l’agence : seulement 36 % des Canadiens estiment qu’elle agit de manière suffisamment autonome vis-à-vis des élus, 35 % pensant le contraire, et 29 % se déclarant incertains.

Dans une déclaration transmise à Christopher Nardi, le porte-parole du SCRS, Eric Balsam, a reconnu ces défis, tout en mettant en avant le fait que trois Canadiens sur quatre expriment encore une confiance générale envers l’agence. Il a affirmé que le service poursuivra ses efforts de transparence et de reddition de comptes.

Les enjeux politiques autour du projet de loi C-2

Cette enquête intervient alors que le gouvernement libéral s’apprête à débattre du controversé projet de loi C-2, surnommé Strong Borders Act. Présentée en juin 2025 comme une réforme de la sécurité frontalière, cette loi propose en réalité, rappelle Nardi, des pouvoirs beaucoup plus étendus : possibilité d’intercepter ou de fouiller les communications, y compris le courrier, accès élargi à l’information sans mandat pour la police et le SCRS, et renforcement du partage de renseignements à l’échelle fédérale.

Selon le sondage, moins de la moitié des Canadiens (47 %) estiment que les agences de renseignement comme le SCRS devraient obtenir plus de pouvoirs, et une majorité relative (52 %) considère qu’elles respectent déjà les lois en vigueur dans leurs pratiques de collecte. De plus, la proportion de citoyens qui font confiance au gouvernement pour équilibrer sécurité et libertés civiles est passée de 56 % en 2021 à 49 % en 2025.

La spécialiste en sécurité nationale Stéphanie Carvin, interrogée par Nardi, avertit que les libéraux auront un chemin difficile à parcourir pour défendre ce projet. Selon elle, le gouvernement devra convaincre la population que ces mesures intrusives sont justifiées malgré l’atteinte potentielle aux libertés individuelles.

Une fracture durable entre sécurité et libertés?

Pour le SCRS, cette enquête illustre un paradoxe : jamais son rôle n’a été aussi largement reconnu, mais jamais la confiance dans sa capacité d’action n’a été aussi fragile. Comme le souligne Christopher Nardi, l’agence elle-même se montre consciente des inquiétudes entourant le projet de loi C-2 et affirme avoir rencontré divers groupes pour en expliquer les amendements, censés être compatibles avec la Charte des droits et libertés.

L’avenir de la perception publique du SCRS – et plus largement de la légitimité des politiques sécuritaires du gouvernement – dépendra désormais du débat parlementaire sur ce projet de loi. Pour l’heure, conclut le National Post, le sondage reflète un pays où la peur des menaces extérieures s’intensifie, mais où la confiance dans les institutions chargées d’y répondre demeure partiellement ébranlée.

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