Pour CTV News, Nicole Ireland de La Presse canadienne rapporte qu’un virage stratégique majeur se dessine chez Novo Nordisk au Canada : le géant pharmaceutique envisage de lancer des versions renommées et moins chères de ses médicaments vedettes, Ozempic et Wegovy, afin de devancer l’arrivée imminente des génériques sur le marché.
L’entreprise a obtenu l’approbation de Santé Canada, le 22 décembre, pour deux nouveaux produits baptisés Plosbrio et Poviztra. Derrière ces nouveaux noms, il n’y a pourtant aucune nouveauté clinique. Les médicaments sont strictement identiques à Ozempic et Wegovy, tant sur le plan de la molécule que de leur mode d’action. Seuls le nom commercial et l’emballage diffèrent, confirme Santé Canada, qui précise qu’il n’y a eu aucun changement de formulation.
Ce repositionnement survient dans un contexte réglementaire sensible. La protection liée à l’exclusivité réglementaire de Novo Nordisk sur le sémaglutide — la molécule active utilisée pour le diabète de type 2 et la perte de poids — a pris fin le 4 janvier 2026. Cette échéance ouvre la porte à l’arrivée de versions génériques, même si leur approbation pourrait encore prendre plusieurs mois. Santé Canada étudie actuellement neuf demandes de fabricants souhaitant commercialiser du sémaglutide générique, dont Sandoz Canada, Apotex, Teva Canada, Taro Pharmaceuticals et Aspen Pharmacare Canada.
L’enjeu est loin d’être banal. Contrairement aux médicaments classiques, les produits de Novo Nordisk sont issus de procédés biologiques complexes, alors que les versions génériques sont fabriquées par synthèse chimique. Cette différence oblige les autorités à examiner avec minutie les risques potentiels sur l’innocuité, l’efficacité et la qualité des copies. Santé Canada souligne que les fabricants devront démontrer que toute divergence de procédé n’a aucun impact clinique, ce qui ralentit inévitablement le processus.
C’est précisément ce délai que Novo Nordisk semble vouloir exploiter. En lançant Plosbrio et Poviztra, l’entreprise contourne l’évaluation exhaustive imposée aux génériques, puisque ces médicaments sont, sur le plan scientifique, les mêmes que ceux déjà autorisés. Cette stratégie permettrait à la société de proposer rapidement une option à prix réduit, tout en conservant le contrôle du marché.
Pour Mina Tadrous, expert en politiques pharmaceutiques à l’Université de Toronto, il s’agit d’un coup tactique habile. Le cadre canadien de fixation des prix empêche les fabricants de simplement réduire le prix d’un médicament vedette sans bouleverser l’ensemble du système de remboursement. Créer une nouvelle marque parallèle offre donc une marge de manœuvre pour ajuster les prix et conserver un avantage concurrentiel face aux génériques.
Du point de vue des professionnels de la santé, cette approche reste inhabituelle, mais pas totalement inédite. Shelita Dattani, pharmacienne et consultante en santé, estime que toute forme de concurrence accrue est bénéfique pour les patients, surtout dans un contexte où l’accès et l’abordabilité de ces médicaments demeurent problématiques. Les traitements à base de sémaglutide peuvent coûter plusieurs centaines de dollars par mois, une réalité qui limite leur accessibilité malgré leur popularité croissante.
Novo Nordisk rappelle toutefois que la situation est nuancée. Ozempic est couvert par la majorité des régimes privés et par tous les programmes publics pour les adultes atteints de diabète de type 2. Wegovy, destiné à la gestion du poids, n’est pas couvert par les régimes publics, mais bénéficie d’une couverture privée jugée importante. L’entreprise affirme également offrir des programmes d’aide financière à certains patients non assurés.
Avec plus d’un million de Canadiens utilisant déjà ces médicaments, le choix de lancer des versions renommées à prix potentiellement réduit pourrait redéfinir l’équilibre du marché pharmaceutique canadien. Cette manœuvre illustre surtout une réalité plus large : face à l’expiration des protections réglementaires, même les géants pharmaceutiques doivent désormais rivaliser avec leurs propres molécules pour préserver leurs parts de marché.



