Dernière heure : Québec recule sur l’interdiction complète des véhicules à essence!

Le gouvernement Legault vient de poser un geste qui était attendu de pied ferme : la levée de l’interdiction de vendre des véhicules neufs à essence à partir de 2035. L’annonce a été faite vendredi par Bernard Drainville, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, en mêlée de presse.

Selon Radio-Canada, le nouveau règlement remplacera l’objectif de 100 % de ventes de véhicules électriques (VÉ) ou hybrides rechargeables en 2035 par une cible ramenée à 90 %. Québec entend ainsi maintenir une forte pression sur l’industrie automobile tout en offrant aux consommateurs la possibilité de se procurer un véhicule à essence après 2035. « Ce qu’on dit aux Québécois, c’est qu’ils auront toujours l’option d’acheter un véhicule à essence », a déclaré Bernard Drainville, qui insiste néanmoins sur le caractère « ambitieux » de la nouvelle cible.

L’onde de choc Trump et l’ajustement fédéral

Comme le rapporte Fanny Lévesque dans La Presse, cette décision découle directement du bouleversement du contexte nord-américain. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a eu pour effet de démanteler les politiques américaines d’électrification du marché automobile. Pour Bernard Drainville, il était donc inévitable que le Québec s’ajuste : « Trump a fait sauter essentiellement toute politique visant à électrifier le marché de l’auto aux États-Unis. »

À Ottawa, le premier ministre Mark Carney avait déjà annoncé une pause dans l’imposition des seuils de ventes de véhicules zéro émission. Initialement, le fédéral prévoyait un plan progressif — 20 % des ventes dès 2026, 60 % en 2030 et 100 % en 2035. Mais comme l’a indiqué RCI, cette trajectoire a été suspendue en septembre, les constructeurs automobiles obtenant un « allègement » dans un contexte de guerre commerciale marquée par les tarifs douaniers imposés par Washington.

Un impact environnemental difficile à évaluer

Le Journal de Montréal souligne que Bernard Drainville reconnaît lui-même que cette volte-face aura un impact sur les engagements climatiques du Québec, notamment la cible de réduction de 37,5 % des émissions de GES d’ici 2030. Toutefois, le ministre s’est montré incapable de chiffrer l’effet exact de ce recul, invoquant l’incertitude du marché.

Déjà, son prédécesseur Benoit Charette avait réduit les cibles de ventes annuelles de VÉ, évoquant de « nouvelles réalités » du marché. Désormais, le discours officiel parle d’un compromis « équilibré et responsable » qui cherche à ménager à la fois les impératifs climatiques et la compétitivité économique des entreprises québécoises.

Les concessionnaires et les économistes en appui

Du côté de l’industrie, la réaction est globalement favorable. La Corporation des concessionnaires automobiles du Québec (CCAQ) a salué la décision, mais réclame des ajustements supplémentaires. Son président, Ian P. Sam Yue Chi, cité par le Journal de Montréal, plaide pour que les cibles de 2026 soient réduites de moitié afin de mieux refléter la réalité du marché : « Tant que les cibles resteront déconnectées de la réalité, on fragilisera l’accès aux véhicules et l’adhésion des Québécois à la transition énergétique. »

Les chiffres confirment ce décalage : les véhicules électriques représentaient à peine 13,4 % des nouvelles immatriculations au Canada en 2024, selon les données reprises par le quotidien montréalais. L’économiste Gabriel Giguère, de l’Institut économique de Montréal (IEDM), rappelle que l’écart de prix demeure un obstacle majeur : environ 6 720 $ de plus qu’un modèle à essence pour une voiture, et jusqu’à 11 490 $ pour les VUS et camions. L’effet est amplifié par la réduction des subventions : le rabais maximal est passé de 12 000 $ en 2024 à 4 000 $ en 2025, alors que les prix des VÉ n’ont pas baissé.

La pression politique : vers un virage à droite?

Sur le plan politique, cette décision divise. Comme le rapporte le Journal de Montréal, l’opposition conservatrice salue un recul partiel, mais juge l’annonce insuffisante. Éric Duhaime estime qu’il s’agit d’une « demi-bonne nouvelle », le gouvernement conservant malgré tout l’objectif d’imposer 90 % de ventes de VÉ en 2035. Le député indépendant Youri Chassin et plusieurs figures de la droite québécoise militent pour un abandon complet de l’interdiction.

Cette critique rejoint un scepticisme populaire grandissant. Un sondage IEDM-Ipsos, rappelé par Gabriel Giguère, indiquait que moins du quart des Canadiens envisageaient sérieusement d’acheter un véhicule électrique. Ce chiffre souligne le fossé entre les objectifs gouvernementaux et les préférences des consommateurs.

Entre pragmatisme et recul stratégique

La décision du gouvernement Legault peut être interprétée comme une adaptation réaliste au nouveau contexte nord-américain, ou comme un recul qui affaiblit l’ambition environnementale du Québec. Mais le choix de lever une interdiction emblématique traduit aussi une inflexion politique plus large, dans un contexte de guerre commerciale et de montée des critiques envers la transition énergétique.

Le Québec ne renonce pas totalement à l’électrification des transports, mais il admet que l’objectif du « mur-à-mur » était intenable. Reste à savoir si ce nouvel équilibre saura satisfaire à la fois l’industrie, les consommateurs et les impératifs climatiques — trois fronts qui, pour l’instant, semblent difficilement conciliables.

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