Hier soir, le Parti républicain a subi une énorme défaite lors des élections mi-mandat aux États-Unis, où les 435 sièges de la Chambre des représentants et le tiers du Sénat étaient en jeu. Au moment d’écrire ces lignes, le Parti démocrate a fait élire 54 sièges à la Chambre haute du Congrès américain contre 44 pour le Grand Old Party. À la Chambre basse, les démocrates ont obtenu 228 sièges contre 139 pour les républicains. Les démocrates seront majoritaires dans les deux chambres durant les deux dernières années du mandat de Donald Trump. Ce dernier deviendra un canard boiteux, C’est-à-dire un président qui sera paralysé par un Congrès hostile. Qu’est-ce que ces résultats signifient pour les deux grands partis politiques américains à deux ans des prochaines présidentielles ? Allons voir cela de plus près.
Tout d’abord, les deux premières années du deuxième mandat de Donald Trump ont été centrées sur la guerre tarifaire avec le Canada, une politique économique protectionniste et le déclenchement d’une guerre contre l’Iran. M. Trump a été élu pour bien gérer l’économie du pays et pour éviter de déclencher des conflits militaires qui ne concernent pas les Américains. Alors, il a fait le contraire.
Les politiques du président Trump ont causé des problèmes aux États-Unis sur le plan intérieur : hausse du prix du carburant, augmentation du coût des denrées alimentaires et un accroissement du coût de la vie. Les familles américaines ont de la misère à rejoindre les deux bouts et sont très mécontentes du travail de leur président. Hier, Donald Trump a payé un prix politique pour ses politiques néfastes et impopulaires.
Le Parti républicain a subi une dégelée historique lors de ces élections. Par exemple, le Texas a élu un sénateur démocrate pour la première fois en plus de quarante ans. C’est également le Parti démocrate qui a remporté la course au poste de gouverneur dans le Lone Star State. Gina Hinojosa a vaincu le gouverneur sortant du GOP, Greg Abbott. Il faut se rappeler que le Texas est un bastion républicain depuis des décennies.
Dans le Maine, la républicaine modérée Susan Collins briguait un sixième mandat de sénatrice. Elle a été emportée par la vague démocrate.
L’État du Kansas avait élu son dernier démocrate au Sénat américain en 1932. Pourtant, hier soir, les démocrates ont remporté une course sénatoriale dans cet État du Sud traditionnellement acquis au GOP. Ce dernier a aussi mordu la poussière dans un autre de ses châteaux forts, la Caroline du Sud.
J’estime que les électeurs américains ont rejeté le trumpisme lors de ces élections de mi-mandat. Les Américains en ont peut-être marre d’avoir un chef d’État ultrapartisan et mesquin. Il faut savoir que les politiques protectionnistes de M. Trump vont à l’encontre de la position classique du GOP. Je pense que cette formation politique doit renouer avec ses racines économiques, qui sont centrées sur le libéralisme classique. Le GOP est normalement un parti favorable au libre-échange et il doit abandonner la vision protectionniste du président Trump après son départ de la Maison-Blanche.
De plus, le GOP doit s’éloigner du néoconservatisme en matière de politique étrangère, selon lequel les États-Unis doivent agir comme les policiers du monde. Les Américains veulent que leur président s’occupe des affaires intérieures de leur pays au lieu de s’empêtrer dans des guerres lointaines qui ne les concernent pas.
Ainsi, j’estime que le Parti républicain devrait choisir, comme candidat à la présidence en 2028, un républicain traditionnel qui se comportera comme un véritable chef d’État, contrairement au président actuel qui est borné et ultra-partisan.
D’autre part, le Parti démocrate a remporté facilement les élections de mi-mandat. Il a fait des percées dans des bastions républicains comme le Texas et le Kansas. Les démocrates ont également remporté une victoire lors d’un scrutin sénatorial au Michigan. C’est une forteresse démocrate qui était tombé dans le camp républicain lors des présidentielles de novembre 2024. Les démocrates peuvent célébrer leur triomphe, mais la division au sein de ses deux factions risque de leur causer des problèmes. Il faut savoir que cette formation politique est composée de deux ailes : les socialistes et les modérés.
La frange radicale du parti, dont le maire de New York, Zohran Mamdani, est une figure de proue, est de plus en plus influente. Cette dernière prône des politiques économiques socialistes, comme la création d’épiceries publiques, le gel des loyers, la gratuité des transports publics, une hausse des impôts pour les grandes entreprises, entre autres. Également, la défense des minorités est primordiale pour ce courant idéologique parfois au détriment de la défense des intérêt des classes populaires.
Ce courant politique, lié au Socialists and Democratic Socialists of America (DSA), préconise une politique d’immigration de masse et est très hostile à Israël. Les démocrates progressistes font de la défense de la Palestine un élément central de leur vision politique. Les figures de proue de ce mouvement sont notamment le maire de New York, Zohran Mamdani, la représentante Alexandria Ocasio-Cortez
De son côté, la frange centriste du Parti démocrate défend des idées politiques modérés : un libéralisme économique réglementé, un pragmatisme politique sur les plans fiscal et social, ainsi qu’une diplomatie fondée sur le multilatéralisme, etc. Ce courant souhaite séduire les classes populaires et les électeurs indépendants centristes. Parmi ses figures les plus connues figurent Joe Biden, Nancy Pelosi et les Clinton.
Ainsi, le Parti démocrate devra éviter un déchirement entre ses deux factions s’il veut reconquérir la Maison-Blanche en 2028. J’estime toutefois que ce parti devra choisir un candidat à la présidence issu de l’aile centriste afin de s’assurer du soutien des indépendants. La classe ouvrière devra être de retour dans le giron démocrate en 2028. Il faut se rappeler qu’elle a voté pour Donald Trump en 2024 parce que Kamala Harris n’a pas suffisamment défendu les intérêts des classes populaires.
En conclusion, les deux grands partis politiques américains auront de gros défis à relever en vue de la présidentielle de 2028. Le Grand Old Party sera-t-il en mesure de renouer avec ses racines profondes? Le Parti démocrate sera-t-il capable d’unifier les franges socialiste et centriste afin de combattre le GOP d’une seule voix en novembre 2028. Seul le temps nous le dira.



