Des glissoires à 225 000$ et des feux de circulation à un million : la dérive des coûts municipaux au Québec

L’affaire d’une glissoire facturée 225 000 $ à la Ville de Sainte-Thérèse a mis en lumière, une fois de plus, la dérive des coûts de construction et d’infrastructures dans les municipalités québécoises. Derrière ce cas précis, qui a suscité la grogne citoyenne, se dessine une tendance beaucoup plus large : celle d’un système municipal accablé par des procédures administratives lourdes, une absence de concurrence réelle et des normes qui gonflent artificiellement les factures.

Une glissoire hors de prix à Sainte-Thérèse

Sarah-Maude Lefebvre rapporte dans Le Journal de Montréal que la Ville de Sainte-Thérèse a récemment octroyé un contrat de 225 471,45 $ à l’entreprise Aquam aquatique spécialiste inc. pour remplacer la glissoire de la piscine du parc Richelieu. Le maire Christian Charron admet lui-même être « mal à l’aise » devant une facture si élevée : « C’est sûr que ça nous met mal à l’aise de payer aussi cher. Mais que voulez-vous, le marché est comme ça pour l’instant », a-t-il confié à la journaliste.

Le problème ne réside pas seulement dans le prix, mais aussi dans l’absence de concurrence. Comme l’a souligné Charron dans l’émission Lagacé le matin sur les ondes du 98.5, un seul soumissionnaire a répondu à l’appel d’offres, laissant la municipalité sans véritable levier de négociation. « Il n’y a pas de compétition dans ce domaine-là. Donc, soit on achète une glissoire ou on n’achète pas », a-t-il déclaré.

L’opposition municipale dénonce ce qu’elle considère comme une dépense injustifiable. « Le prix me semble démesuré, surtout qu’on a eu un seul appel d’offres et un seul soumissionnaire », a affirmé le conseiller Luc Vézina, cité par Lefebvre. Selon lui, il aurait été possible de trouver des alternatives, comme des jeux flottants ou d’autres aménagements ludiques moins onéreux.

La réaction ne s’est pas limitée aux élus locaux. Sur les ondes de La Commission (98.5), Renaud Labrecque, directeur général de la municipalité de Parisville, a tranché sans détour : « Sainte-Thérèse s’est fait avoir, il n’y a même pas de place à l’interprétation. […] Peu importe comment on l’analyse, c’est un mauvais choix et un manque de jugement ».

L’explosion des coûts : un phénomène généralisé

Le cas de Sainte-Thérèse n’est pas isolé. En mai dernier, Henri Ouellette-Vézina rapportait dans La Presse que la Ville de Longueuil avait dû débourser plus d’un million de dollars pour remplacer un simple feu de circulation. La mairesse Catherine Fournier, indignée, avait dénoncé une « pleine démesure » dans le financement des infrastructures : « Où est-ce que ça va s’arrêter ? On ne pourra pas soutenir un tel rythme pendant encore des années. »

La comparaison est frappante : en 2020, le remplacement d’un feu de circulation coûtait environ 500 000 $ à Longueuil. En cinq ans, le prix a doublé. Et ce montant n’inclut même pas les coûts de main-d’œuvre, eux aussi en hausse.

La situation n’épargne aucune municipalité. Martin Damphousse, président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), expliquait à La Presse que « l’explosion des coûts de base touche tout le monde dans le milieu municipal, et ce, sans exception ». Il citait en exemple des modules de jeux désormais évalués à près de 100 000 $ et des bancs de parc pouvant atteindre 4000 $.

Normes et lourdeurs administratives : le cœur du problème

Comment expliquer une telle inflation ? Fournier et d’autres élus pointent du doigt un enchevêtrement de normes et de procédures. Avant même d’installer un feu de circulation, une municipalité doit financer une étude d’avant-projet, une étude géotechnique, une gestion des sols, puis la conception des plans et devis, chacun de ces volets mobilisant ingénieurs, consultants externes et processus d’approbation.

Comme l’a noté Fournier dans La Presse, « toutes ces normes partent de bonnes intentions, mais […] ça vaudrait la peine de les repenser et de déterminer celles qui sont encore nécessaires en 2025 ».

Une colère qui déborde

L’affaire de Sainte-Thérèse a trouvé un écho plus large dans l’espace public. Sur X (anciennement Twitter), l’essayiste Jérôme Blanchet-Gravel a dénoncé une « caste » politique déterminée à défendre un « modèle corrompu actuel », PQ compris, en évoquant l’absurdité de facturer 225 000 $ une simple glissoire.

Sa critique rejoint un sentiment croissant dans la population : celui de vivre dans un Québec où chaque infrastructure publique, même la plus banale, devient un gouffre financier.

Vers un mur budgétaire?

Entre glissoires hors de prix et feux de circulation millionnaires, les finances municipales semblent prises dans une spirale inflationniste. Les élus comme Catherine Fournier appellent à un « état des lieux » urgent pour revoir les normes et simplifier les procédures. Sans réforme en profondeur, le Québec risque de voir se multiplier les indignations citoyennes et les projets absurdes, qui grèvent les finances locales et minent la confiance du public.

La question demeure : combien de temps encore les contribuables accepteront-ils de payer des factures jugées déraisonnables pour des infrastructures de base ?

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine