Alors que les universités canadiennes traversent une période de remise en question sans précédent, de nouvelles données de Statistique Canada viennent alimenter un débat déjà bien présent dans l’opinion publique. Entre accusations de militantisme idéologique, controverses sur la liberté académique, hausse constante des frais de scolarité et déconnexion croissante avec les préoccupations de la population, plusieurs établissements affichent aujourd’hui des salaires médians qui approchent les 200 000 dollars par année pour leur personnel enseignant.
Selon des données de Statistique Canada rapportées par le journaliste Joe Van Wonderen de CTV News le 31 mai 2026, les universités canadiennes offrant les salaires médians les plus élevés sont l’Université de Waterloo (198 125 $), l’Université de la Colombie-Britannique (198 000 $) et l’Université Queen’s (197 050 $).
Ces chiffres représentent le salaire médian du personnel enseignant, c’est-à-dire le point situé exactement entre les salaires les plus élevés et les plus faibles. Autrement dit, la moitié des professeurs gagnent davantage que ces montants et l’autre moitié moins.
Des augmentations importantes malgré les difficultés du secteur
Les données montrent également que certaines universités ont connu des hausses salariales particulièrement importantes au cours de la dernière décennie.
L’Université de Guelph a vu son salaire médian passer de 166 750 $ à 190 250 $ en un an seulement. À l’Université Carleton, la rémunération médiane est passée de 157 100 $ à 176 525 $, tandis qu’à l’Université d’Ottawa elle est passée de 181 450 $ à 190 625 $.
Ces augmentations surviennent pourtant dans un contexte où le secteur universitaire affirme régulièrement être confronté à des difficultés financières majeures. Les dirigeants universitaires dénoncent depuis plusieurs années le sous-financement public, la diminution du nombre d’étudiants étrangers et les restrictions fédérales en matière d’immigration étudiante.
Selon le même article de CTV News, le nombre d’étudiants internationaux en Ontario aurait diminué de près de 100 000 entre les années universitaires 2023-2024 et 2025-2026. Les visas étudiants auraient également chuté de plus de 60 % en 2025.
Les établissements soutiennent que ces pertes compromettent leur capacité à financer leurs activités. Pourtant, les données salariales publiées cette semaine risquent d’alimenter le scepticisme de nombreux contribuables.
Une crise de confiance qui dépasse la question financière
La question n’est toutefois pas uniquement budgétaire.
Depuis plusieurs années, les universités occidentales font l’objet de critiques croissantes concernant la liberté d’expression sur les campus, la politisation de certains programmes d’études, la multiplication des bureaucraties administratives et l’influence de courants idéologiques militants dans la recherche et l’enseignement.
Les débats entourant les politiques de diversité, les controverses liées aux manifestations étudiantes après les événements du 7 octobre 2023, ainsi que plusieurs affaires de censure ou d’autocensure académique ont contribué à détériorer l’image de nombreuses institutions auprès du grand public.
Dans ce contexte, l’annonce de salaires médians avoisinant les 200 000 dollars risque d’être perçue différemment qu’elle ne l’aurait été il y a vingt ou trente ans. Les professeurs universitaires bénéficiaient autrefois d’un capital symbolique considérable fondé sur l’autorité du savoir et le prestige intellectuel. Aujourd’hui, cette légitimité est davantage contestée.
Pour de nombreux Canadiens qui peinent à accéder à la propriété, qui voient le coût de la vie exploser et qui s’inquiètent de l’endettement public, la question devient inévitable : les universités produisent-elles encore des résultats proportionnels aux ressources qui leur sont accordées?
Une facture qui continue de grimper
Cette interrogation est d’autant plus présente que les étudiants eux-mêmes doivent assumer des coûts toujours plus élevés.
CTV News rappelle qu’un rapport publié en 2025 prévoyait une hausse d’environ 30 % des frais de scolarité au cours des vingt prochaines années. Pour plusieurs familles, l’accès aux études supérieures devient déjà un défi financier important.
Le contraste est donc frappant : d’un côté, les universités évoquent une crise de financement; de l’autre, plusieurs d’entre elles versent des salaires médians qui dépassent largement ceux de la majorité des travailleurs canadiens.
Bien entendu, les universités doivent demeurer capables d’attirer des chercheurs et des professeurs de haut niveau dans un contexte de concurrence internationale. La recherche scientifique, l’innovation technologique et la formation de la relève demeurent essentielles au développement du pays.
Mais à mesure que les coûts augmentent et que la confiance du public s’effrite, la pression risque de s’accentuer pour que les établissements rendent davantage de comptes sur leur gestion, leurs priorités et leur mission fondamentale.
Car au-delà des chiffres, la véritable question est peut-être celle-ci : une institution dont la crédibilité est remise en cause peut-elle continuer à réclamer davantage de ressources sans d’abord rétablir la confiance de ceux qui la financent?



