Sean Boynton rapporte pour Global News (27 août 2025) que le premier ministre Mark Carney, en visite à Berlin auprès du chancelier Friedrich Merz, a confirmé la relance des discussions avec l’Allemagne sur l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). Il a annoncé que des projets portuaires d’envergure, notamment l’expansion de Contrecœur à Montréal et la revitalisation du port de Churchill au Manitoba, seraient les premiers à bénéficier des nouvelles dispositions législatives permettant d’accélérer les grands projets d’« intérêt national ». Selon Carney, Churchill pourrait devenir « un nouveau port, effectivement », offrant un potentiel énorme pour le GNL mais aussi pour les minéraux critiques.
De la méfiance au réalisme
Boynton rappelle que le discours a bien changé depuis 2022. À l’époque, Justin Trudeau doutait publiquement du « business case » du GNL canadien vers l’Europe, invoquant le manque imminent d’infrastructure. Trois ans plus tard, le ministre fédéral de l’Énergie Tim Hodgson reconnaît que ce scepticisme était mal fondé : l’après-Ukraine a révélé une demande durable et croissante de gaz naturel, tant pour la transition énergétique que pour la sécurité d’approvisionnement de l’Allemagne. Le Canada, dit-il, a désormais « l’opportunité d’être un grand partenaire » pour Berlin.
Rachel Aiello (CTV News via The Canadian Press, 26 août 2025) ajoute que Carney a présenté ces annonces comme faisant partie d’un plan de 500 milliards de dollars en infrastructures énergétiques et portuaires, visant expressément à renforcer le partenariat avec l’Europe. Hodgson a qualifié Churchill d’« occasion extraordinaire », confirmant que des promoteurs, des provinces et des Premières Nations y sont déjà engagés en discussions avec des acheteurs allemands.
Le spectre du retard canadien
Certains experts, cités par Boynton, persistent à voir des obstacles insurmontables. Adam Pankratz (Université de la Colombie-Britannique) doute que le gouvernement réussisse à concrétiser rapidement ces projets, évoquant les retards historiques et la difficulté de faire accepter un nouveau pipeline depuis l’Ouest. Mais ces critiques réitèrent une posture alarmiste que nous avons souvent dénoncée : depuis dix ans, les observateurs annoncent sans cesse la « fin » des opportunités de GNL canadien — pendant que les États-Unis, eux, sont devenus le premier exportateur mondial. Or, loin de se refermer, la fenêtre européenne reste béante : l’Allemagne et l’Union européenne cherchent encore à diversifier leurs sources pour ne pas retomber dans la dépendance au gaz russe ou aux contrats à long terme qataris.
L’argument canadien : propreté, proximité, éthique
Il importe de rappeler ce que ni les critiques ni les observateurs étrangers ne mettent en relief. Premièrement, le GNL canadien est produit avec une empreinte carbone plus faible que celle de ses concurrents américains ou qataris, grâce à l’électricité hydroélectrique et à des normes environnementales plus strictes. Deuxièmement, l’avantage géographique demeure réel : un projet sur la Côte-Nord ou au port de Churchill placerait le Canada beaucoup plus près des terminaux allemands que le Qatar ou même la côte du Golfe américain. Troisièmement, l’argument moral ne peut être évacué : pour l’Europe, acheter canadien signifie s’approvisionner auprès d’un pays démocratique, fiable et éthique — ce qui tranche radicalement avec le gaz russe, encore perçu comme une arme géopolitique.
Une opportunité à saisir, pas à fuir
Boynton note que l’Expert Group on Canada-U.S. Relations (Université Carleton) estime que le GNL seul pourrait augmenter le PIB canadien d’au moins 11 milliards par an, et qu’il doit figurer dans les projets majeurs approuvés dans les six prochains mois. Autrement dit, c’est maintenant que se joue la crédibilité économique et énergétique du Canada.
Les opposants peuvent continuer à brandir les épouvantails de l’impossibilité technique ou de la résistance sociale. Mais le contexte a basculé : la demande allemande est là, les infrastructures portuaires sont sur la table, les provinces comme le Québec revoient leurs positions, et même les Premières Nations se positionnent comme partenaires. Comme le démontre l’exemple de LNG Canada à Kitimat, le pays est capable de livrer, à condition de ne pas se saboter lui-même.



