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Entrevue avec l’essayiste Jérôme Blanchet-Gravel : la crise du Covid-19 au Mexique

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En mars dernier, la pandémie de COVID-19 a frappé la planète entière. Les pays occidentaux ont mis en place des mesures sanitaires pour combattre le virus.   Ce dernier a aussi frappé le Mexique. Comment s’est tiré un des plus grands pays de l’Amérique latine ? Québec Nouvelles s’est entretenu avec l’essayiste Jérôme Blanchet-Gravel. 

Q : Quelle politique sanitaire le gouvernement mexicain a-t-il mis en place afin de combattre la pandémie de la COVID-19 ?

JBG : Le gouvernement fédéral de Mexico a adopté sensiblement le même plan que la plupart des pays occidentaux, mais avec des moyens beaucoup plus limités. Les mesures préconisées sont donc à peu près les mêmes : distanciation sociale, port du masque obligatoire dans les transports publics et les commerces, etc. Il faut toutefois rappeler que le Mexique est une fédération au même titre que le Canada et les États-Unis : les règles exactes peuvent donc varier en fonction de l’État où elles sont en vigueur.

Je tiens à préciser une chose importante : les pays du tiers-monde n’ont jamais eu les moyens financiers de ce confinement que semble leur avoir imposé l’Occident avec sa philosophie du risque 0. Le nouvel ordre sanitaire ne correspond pas du tout à la conception du monde des pays du Sud. C’est comme si les pays pauvres s’étaient sentis obligés de faire comme l’Occident pour ne pas être moqués dans les médias internationaux. Il est évident que les dommages économiques produits par les mesures de confinement causeront beaucoup plus de mal dans ces pays que le virus lui-même. Le Mexique est un pays déjà très violent dont des segments entiers sont contrôlés par le crime organisé. Les meurtres, enlèvements et disparitions sont courants. Les pertes de revenus et d’emploi plongeront le pays dans une situation encore pire. Au début de la crise, le président Andrés Manuel López Obrador a tenté de minimiser la situation en confortant l’esprit superstitieux des classes populaires. Il a beaucoup été ridiculisé. Ce n’était pas totalement innocent.

Q : Le pays a-t-il été très touché par le virus ?

JBG : Le pays semble avoir été assez fortement touché par le virus, mais il reste très difficile de déterminer à quel point. De nombreux décès liés de loin ou de près à des complications dues au Covid-19 ne doivent pas être comptabilisés ni enregistrés. Malgré la présence d’un personnel très compétent, dans son ensemble, le système de santé n’est pas aussi efficace que celui des pays occidentaux.

Chose certaine, le virus a dû frapper très fort les gens aux prises avec des problèmes de diabète et d’obésité et il y en a beaucoup. Ce sont de graves problèmes de santé publique, tout comme la consommation abusive de Coca-Cola qui les accentue tous les deux. Les autorités publiques ont clairement pointé du doigt la surconsommation de refrescos (boissons gazeuses) pour expliquer les taux élevés d’hospitalisation. Pour vous donner une idée, selon une étude réalisée en 2019 par le Centre de recherche multidisciplinaire du Chiapas et de la frontière sud, les habitants de cet État boivent en moyenne 2,25 litres de Coca-Cola par jour. Au Mexique, 40 000 décès par année sont déjà attribuables à la consommation de soda.

Q : Est-ce que la population est satisfaite du travail du gouvernement dans sa gestion de crise ?

JBG : Dur à dire. La population mexicaine n’est pas si homogène : les gens plus fortunés (et ultrariches) semblent avoir adhéré davantage au discours sur les mesures sanitaires que les personnes pauvres, qui parfois ne pouvaient tout simplement pas se le permettre. Il y a aussi beaucoup d’ignorance. Lorsque j’ai quitté Mexico fin mars dernier, j’ai demandé pour rire à un ouvrier qui travaillait dans la cour de mon immeuble s’il avait le fameux virus, et il m’a répondu tout sérieusement qu’il avait déjà été vacciné pour ça. Ce qui est sûr, c’est que le nouvel ordre sanitaire bouleverse les valeurs familiales de ce pays et contraste de par son puritanisme avec le relâchement qui lui est propre.

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