Antonio Flamand, ancien député unioniste sous le gouvernement de Daniel Johnson (1966-1970) demeure sceptique devant la stratégie référendaire de Paul St-Pierre Plamondon (PSPP). S’il ne souhaite pas s’opposer au chef du Parti québécois, il estime que tenir un référendum sur la souveraineté dans les circonstances actuelles comporte d’importants risques. Selon lui, le Québec devrait d’abord créer un rapport de force favorable et obtenir des appuis internationaux avant de procéder à un vote sur l’indépendance.
Antonio Flamand a été député du gouvernement unioniste de Daniel Johnson de 1966 à 1970. Il a occupé les fonctions d’adjoint parlementaire au ministère des Transports. En novembre 1969, Il a quitté le gouvernement de l’Union nationale (et siégé comme indépendant) à cause de son opposition de la loi 63, qui était une mesure pour promouvoir la langue française au Québec. Cette législative a accordé le libre choix de la langue d’enseignement.
Pourquoi critiquez-vous la stratégie référendaire de Paul St-Pierre Plamondon?
Antonio Flamand : «Je pense que le chef du PQ prend de grands risques. Regardez ce qui s’est passé en Catalogne. Les indépendantistes avaient obtenu un appui très important à leur démarche, mais certains ont été emprisonnés et personne n’est intervenu pour les protéger.
Le Canada pourrait faire la même chose. Il ne faut pas croire à la pensée magique. L’histoire nous montre que des gouvernements peuvent prendre des mesures très dures lorsqu’ils se sentent menacés.»
Vous pensez donc que même une victoire référendaire ne garantirait pas l’indépendance du Québec?
Antonio Flamand : «Exactement. Si le référendum échoue, le Canada pourra se montrer très démocratique et attendre. Mais si le « oui » l’emporte, Ottawa ne restera pas nécessairement indifférent. Il faut mettre le Canada devant un état de fait et, pour cela, avoir un soutien international.
Or, je ne vois pas actuellement quel pays pourrait jouer ce rôle pour le Québec. Ce n’est certainement pas la France dans les circonstances actuelles.»
Donc, selon vous, ce n’est pas le moment de faire l’indépendance?
Antonio Flamand : «Dans les années qui viennent, je ne crois pas que ce soit le bon moment. Croire qu’un vote démocratique favorable suffira à obtenir l’indépendance, c’est de la pensée magique.»
Croyez-vous qu’Ottawa et les autres provinces négocieraient de bonne foi la séparation du Québec après une victoire du « oui »?
Antonio Flamand : «Je suis même certain qu’ils ne négocieraient pas de bonne foi.
Cela engage trop d’intérêts politiques, économiques et territoriaux. Ce n’est pas simplement une question de respecter le résultat d’un vote. La politique est une lutte pour le pouvoir.»
Que devrait faire le Parti québécois à la place?
Antonio Flamand : «Il devrait continuer de parler d’indépendance et dire qu’il y aura un référendum. Or, il faut créer les conditions permettant de s’assurer un soutien important de la population à la souveraineté avant de tenir le vote.»
Une autre possibilité serait-elle de travailler avec certaines provinces pour réformer la fédération?
Antonio Flamand : «Ce n’est pas impossible. L’Alberta pourrait certainement être un partenaire pour réformer le régime canadien. Je ne crois pas qu’elle serait nécessairement partenaire d’un projet de séparation, mais elle pourrait l’être pour une réforme de la fédération.
L’Ontario pourrait également être intéressé par certains changements. Les petites provinces devraient aussi être prises en compte.
Mais pour modifier la Constitution, les règles sont extrêmement difficiles. Il faut notamment obtenir l’accord de sept provinces représentant au moins 50 % de la population. Je ne sais pas si une telle coalition serait réalisable.»
Une réforme de la fédération pourrait-elle finalement nuire au projet indépendantiste?
Antonio Flamand : «C’est même un problème pour le Parti québécois. Si le Québec réussissait à obtenir davantage d’autonomie, à mieux protéger le français et à accroître ses pouvoirs à l’intérieur du Canada, les raisons de vouloir faire l’indépendance pourraient diminuer.
Cela dit, je ne crois pas qu’Ottawa laisserait facilement le Québec obtenir tout ce qu’il souhaite, notamment sur le plan financier.»
L’augmentation de l’immigration au Québec rend-elle l’indépendance plus difficile à réaliser?
Antonio Flamand : «La hausse de l’immigration est un obstacle majeur à la réalisation de la souveraineté du Québec. Je ne dis pas que la souveraineté est devenue impossible, puisque les Québécois francophones sont encore majoritaires, mais obtenir plus de 50 % des voix risque d’être plus ardu dans les années à venir.
Mais il faut surtout comprendre qu’on ne doit pas nécessairement annoncer à l’avance toutes ses intentions. En politique, lorsqu’on affronte un adversaire beaucoup plus puissant, il n’est pas avantageux de lui révéler exactement ce qu’on s’apprête à faire. Donc, PSPP doit tenir compte de cela dans sa stratégie sur la souveraineté.»
Donald Trump pourrait-il devenir un allié du Québec dans une éventuelle démarche indépendantiste?
Antonio Flamand : «Avec quelqu’un comme Trump, on ne sait jamais comment il va réagir. Même s’il vous promet de réagir d’une certaine façon, il peut décider de faire exactement le contraire.
Vous êtes en sécurité lorsque vous savez si quelqu’un est contre vous ou pour vous. Avec le président américain, vous ne savez pas nécessairement ce qu’il fera. C’est donc très risqué de compter sur lui.»
Malgré vos critiques, croyez-vous que PSPP est sérieux dans sa démarche?
Antonio Flamand : «Je pense même que c’est quelqu’un de très sérieux. Il est organisé et déterminé. Il possède plusieurs des qualités nécessaires pour mener un tel projet.
Je ne pense simplement pas qu’on va le laisser faire facilement. Mais si son projet échoue, ce ne sera pas parce qu’il manque de détermination ou d’organisation.»
Vous êtes donc plus critique envers la stratégie que l’homme lui-même?
Antonio Flamand : «Je souhaite qu’il réussisse, mais dans les circonstances actuelles, je n’y crois pas.
Il faut absolument obtenir un appui international. Sans cela, les risques sont très importants.»
Après toutes vos années en politique, quel est votre principal conseil à PSPP?
Antonio Flamand : «Il faut comprendre le rapport de force. La politique, c’est la recherche du pouvoir. Lorsqu’on affronte un adversaire beaucoup plus puissant que soi, il ne faut pas lui révéler tous ses plans.
PSPP est sérieux, organisé et déterminé. Mais il devra être extrêmement prudent. Pour réussir, il ne suffit pas d’obtenir un vote favorable : il faut créer les conditions politiques qui permettront de transformer ce vote en véritable indépendance.»



