Hausse des dépenses militaires : un coup d’épée dans l’eau ?

D’après un article de Craig Lord publié sur Global News le 17 juillet 2025

Les importantes hausses de dépenses militaires annoncées par le gouvernement fédéral donneront un léger coup de pouce à l’économie canadienne, mais pas suffisamment pour éviter une récession, selon une nouvelle analyse publiée par Oxford Economics.

Craig Lord rapporte que ce rapport, diffusé mercredi, prévoit que les engagements de dépenses militaires rehausseront le produit intérieur brut réel du Canada d’un maigre dixième de point de pourcentage en 2025 et en 2026. Cela porterait la croissance annuelle à 0,9 % cette année, puis à seulement 0,4 % en 2026.

Le premier ministre Mark Carney avait annoncé en juin que le Canada atteindrait dès cette année l’objectif de l’OTAN fixant les dépenses de défense à 2 % du PIB. Mais les nouveaux engagements pris lors du dernier sommet de l’OTAN vont beaucoup plus loin : ils prévoient une montée progressive jusqu’à 5 % du PIB d’ici 2035.

Oxford Economics estime que cette accélération du financement militaire sera couverte par une augmentation du déficit fédéral. Le rapport a toutefois été rédigé avant que le gouvernement annonce, la semaine dernière, une réduction de 15 % de ses dépenses de fonctionnement sur trois ans. Sans mesures d’économies correspondantes, une telle hausse des dépenses ferait grimper durablement le ratio dette/PIB du Canada, avertit l’organisme.

Mais malgré ce sursaut temporaire de croissance provoqué par l’investissement militaire, Craig Lord explique que l’analyse reste pessimiste : la hausse ne suffira pas à sortir le pays de la « récession causée par la guerre commerciale » dans laquelle il est déjà enlisé.

Selon le rapport, l’économie canadienne se serait contractée au cours du dernier trimestre, et la récession devrait se poursuivre jusqu’à la fin de 2025, avec une baisse totale de 0,8 % du PIB réel.

Même si le marché du travail a jusqu’à présent résisté — 83 000 emplois ont été créés le mois dernier à la surprise de nombreux économistes — Oxford Economics prédit que cette résilience ne durera pas. « L’incertitude liée à la politique commerciale américaine et les nouveaux tarifs douaniers continueront à inciter les entreprises à reporter ou annuler leurs investissements, réduire leur production, freiner l’embauche et procéder à des licenciements de plus en plus nombreux », indique le rapport.

Le cabinet prévoit 140 000 pertes d’emplois pendant la récession, ce qui ferait grimper le taux de chômage à 7,6 % d’ici la fin de l’année, contre 6,9 % en juin.

En parallèle, la Banque du Canada devrait maintenir son taux directeur à 2,75 %, malgré la conjoncture difficile. Toutefois, Oxford Economics n’exclut pas un ou deux allégements supplémentaires de taux si les conditions l’exigent. L’inflation, pour sa part, pourrait remonter à 3 % d’ici la mi-2026, ce qui limiterait la capacité de la Banque centrale à stimuler davantage l’économie par la baisse des taux.

Craig Lord précise que selon le rapport, cette combinaison de récession et de hausse de l’inflation pourrait mener à une hausse des défauts de paiement dans le secteur privé, des ventes de maisons en difficulté, voire — dans un scénario extrême — à une correction brutale du marché immobilier ou à une crise financière.

Oxford Economics souligne que ses prévisions s’appuient sur l’hypothèse que les niveaux actuels de tarifs douaniers entre le Canada et les États-Unis resteront en place pour le reste de l’année. Le rapport met toutefois en garde : si le président américain Donald Trump applique sa menace d’imposer, dès le 1er août, des tarifs de 35 % sur les produits canadiens, la récession pourrait s’aggraver.

À l’inverse, la conclusion d’un nouveau pacte économique et sécuritaire d’ici cette date pourrait soulager significativement l’économie canadienne.

Enfin, malgré ces perspectives sombres, le Canada reste relativement bien positionné à l’échelle mondiale. Oxford Economics classe le pays 27e sur 164 en matière de risque économique, avec une note de 3,3 sur 10. Cela le place derrière les États-Unis, l’Australie, la France et l’Allemagne, mais devant le Mexique, le Japon et la Chine.

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